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Tome douzième.
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188
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DescRIPTIONDU RovAUMEDE SIAM.

Cambory&Corazema.

Socotai&Sanquelouc.

Situationextraordinai-re de la Ca-pitale.

ga poſition& ſa forme.

Sa grandeur.

Ses maiſons& ſes rues.

Vrais nomsde Siam&des Siamois.

188 VOYACGES DANS LE

Or trouve fur les frontiéres du Pegu, la Ville de Cambory,& ſur cel-les de Laos, ime autre Ville nommée Corazema, ou Cariſſima, Tune&Tautre aſſez célebres. Dans les terres, entre les deux Riviéres qui vontſe joindre à Laconcevan,& ſur des canaux qui communiquent d'une Ri-

viere à Pautre, s'offrent deux Villes conſidérables, l'une qui ſe nomme So-

cotai, preſqu'à la hauteur de Pitchit,& Sangquelouc, plus au Nord.

CoMMuE un Pays ſi chaud ne peut être habité qu'aupres des Rivieres,les Siamois l'ont entrecoupé d'un grand nombre de canaux qu'ils appellentCloum. Ceſt par le moyen de ces canaux que la Ville de Siam eſt non-ſeu=lement devenue une Ifle, mais qu'elle ſe trouve placée au milieu de plu⸗-ſieurs Iiles; ce qui rend ſa ſituation très-ſinguliere. L'Ile qui la renfermeaujourd'hui eſt contenue elle-même dans ſes murs(m). Elle approche,pour la forme, d'une gibeciere dont le haut ſeroit au Levant,& le bas auCouchant. La Riviere la prend au Nord, par pluſieurs canaux, qui en-trent dans celui qui Lenvironne. Elle l'abandonne au Midi, en fe parta-geant entre d'autres canaux. Le Palais du Roi eſt au Nord, ſur le canalqui embraſſe la Ville. II'y a qu'une chauffée au Levant, par laquelleon peut ſortir de la Ville, comme par un Iſthme, ſans avoir d'ecau à

affer. 8—

LA Ville de Siam eſt trés-ſpacieuſe, ſi'on ne conſidere que l'enceintede ſes murs. Mais à peine la fixieme partie de cet eſpace eſt-elle habitée.

C'eſt celle du Sud-Eſt. Le reſte eſt deſert, ou ne contient que des Temples.

A la vérité, les faux-bourgs, qui ſont occupés par les Etrangers, augmen-tent conſidérablement le nombre des Habitans. Ses rues ſont larges& droi-tes, plantées d'arbres, dans quelques endroits,& pavées de briques. Lesmaiſons y ſont baſſes& de bois; du moins celles des Naturels du Pays,que cette ſorte d'édifices laiſſe expoſés à toutes les incommodités d'une ex-cefſive chaleur. La plüpart des rues ſont arroſées de canaux étroits quiont fait comparer Siam à Veniſe,& ſur leſquels on voit quantité de petitsponts de clayes, la plüpart tres-mauvais; quelques-uns de briques, maisfort élevés& fort rudes.

LàA Loubere obſerve que le nom de Siam eſt inconnu aux Siamois. C'eſtun de ces mots dont les Portugais paroiſſent les Inventeurs,& dont on apeine à découvrir Porigine. IIs Pemployent comme le nom de la Nation,& non comme celui du Royaume(n). Les Siamois fe ſont donné le nomde Tai, qui ſignifie libre dans leur langue; à peu prêès comme nos ancéetresſe nommoient Irancs:& Meuang ſignifiant Royaume en Siamois, ils appel-lent leur Pays Meuang Tai, ou Royaume des Libres. La Ville de Siam porte

en-

(m) Sa hauteur, ſuivant les obſervations deux mots ſten.lo, fans ajoüter ce que cesdes Jéſuites, eft de quatorze degrés vingt deux mots fignifient, ni de quelle langue ils

minutes quatre ſecondes;& ſa ſongitude,

de cent vingt degrés trente minutes.

(un) Ceux qui ſavent la langue du Peguaſſfurent que Siam, en cette langue, ſigniflelibre. Péut-Stre eſt-ce de-là que les Portu-gais ont tiré ce mot. Navarrete dit que lenom de Siam, qu'il écrit Sian, vient des

ſont, quoiqu'on puiffe juger qu'il les donnepour Chinois. Chap. I. Art. V. Remarquezque la plüpart des noms que nous donnonsaug Royaumes Indiens font auſſi des nomsNationaux; de-ſorte qu'il faudroit dire leRoi des Pegus, celui des Laos, des Magals-des Siams,&c. 4