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Tome douzième.
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DrscRIPTIONDU RorAuUMEDE SIAM.

Leur mo-deſtie.

Elle éclatejuſques dansles chaäti-mens.

Autres pa-rures.

Propretédes Siamois.

Leurs bains.

192 VOYAGES DANS L. E

qu' ils font tenir par derrière à leur ceinture. L'autre bout pend par-devant;& m'ayant point de poche, ils y nouent ſouvent leur bourſe de bétel, à peuprées comme on noue quelque choſe dans le coin d'un mouchoir. Les pluspropres portent deux pagnes l'un ſur l'autre, pour conſerver un air de net-teté& de fraicheur à celui qui eſt par-deſſus. Au pagne près, les femmesſont tout- à- fait nues. Elles n'ont pas P'uſage des chemifes de mouſſeline.Dans les conditions relevées, elles portent l'écharpe, dont elles font quel-quefois paſſer les bouts autour de leurs bras. Mais le bel air eſt de la met-tre ſimplement ſur leur ſein par le milieu, d'en abbattre un peu les plis,&d'en laiſſer pendre les deux bouts derriére, par-deſſus les épaules. Cettenudité ne les rend point immodeſtes. Il y a peu de Pays, où les Habitansdes deux ſexes ayent plus de répugnance à montrer les parties de leur corpsque Fuſage les oblige de cacher. Pendant que les Envoyés de France étoientà Siam, il fallut donner aux Soldats Frangois des pagnes pour le bain. Onne put faire ceſſer autrement les plaintes du Peuple, qui ne s'accoutumoitpoint à les voir entrer nuds dans la Riviére(*).

LEs Enfans vont ſans pagne, juſqu'à àge de quatre ou cinq ans. Maisquand ils l'ont une fois pris, on ne les découvre point pour les châtier.Ceſt une extréème infamie, en Orient, d'étre frappé à nud ſur les partiesdu corps qui ſont ordinairement cachées;& peut-etre eſt-ce de-la que vientluſage du bâton pour les chätimens: le fouet, ni les verges, ne ſe feroientpas aſſez ſentir par-deſſus les habits. Les Siamois ne quittent pas mêmeleurs habits pour ſe coucher. IIs ne font du moins que changer de pagne,comme ils en changent pour ſe baigner dans leurs Rivières. Les femmess'y baignent comme les hommes,& s'exercent comme eux à la nage.

LEs pagnes d'une certaine beauté, c'eſt-à-dire, de ſoye brodée, ou detoile peinte fort fine, ne ſont permis qu'à ceux qui les regoivent du Roi.Ceſt un uſage commun de porter des bagues aux trois derniers doigts dechaque main, ſans aucune régle qui en borne le nombre. Les colliers neſont pas connus à Siam: mais les femmes& les enfans de lun& v'autre ſe-xe y connoiſſent l'uſage des pendans d'oreilles. Ils ſont ordinairement enforme de poire, d'or ou d'argent, ou de vermeil doré. Les jeunes gargons& les jeunes filles de bonne maiſon portent des bracelets, mais ſeulementjuſqu'à l'age de ſix ou ſept ans. IIs ont auſſi des anneaux d'or ou d'argent,ou de vermeil doré, aux bras& aux jambes.

LEs Siamois ſont d'une extreme propreté. IIs ſe parfument en pluſieursendroits du corps. IIs mettent fur leurs lèvres une eſpèce de pomade par-fumée, qui leur donne encore plus de paäleur qu'elles n'en ont naturellement.Ils ſe baignent trois ou quatre fois le jour,& plus ſouvent. C'eſt une deleurs politeſſes, de ne pas faire de viſite un peu grave ſans être lavés. IIsſe font alors une marque blanche ſur le haut de la poitrine, avec un peu decraye, pour faire connoitre qu'ils ſortent du bain.

Irs ont deux manieres de le prendre; Pune en ſe mettant dans l'eau com-me nous; l'autre, en ſe faiſant répandre de l'eau ſur le corps à diverſes re-priſes. Cette ſeconde forte de bain dure quelquefois plus d'une heure. IIs

mont(v) La Loubere, ibidem, pag. 78.