Mal· pro.preté des Mai-fons& desHabitans.
Religion duPegu.
Talapoinsdu Pegu.
274 vVOYAGES DANS LES
Si le dégoùt ſuccède au mariage, il eſt libre deLes femmes ne jouiſſent pas moins de la li-berté d'abandonner leurs maris, en leur reſtituant ce qu'ils ont donné pourles obtenir. II eſt difficile aux Etrangers, qui font quelque ſéjour dans le2 de réſiſter à ces exemples de corruption. Les pêres s'empreſſent deleur offrir leurs filles,& conviennent d'un prix qui ſe rêgle par la duréedu commerce. Lorſfqu'ils ſont prêts à partir, les filles retournent à la mai-ſon paternelle,& m'en ont pas moins de facilité à ſe procurer un mari. SiFEtranger, revenant dans le Pays, trouve la fille qu'il avoit louée, au pou-voir d'un autre homme, il eſt libre de la redemander au mari, qui la luirend pour le tems de ſon ſéjour,& qui la reprend à ſon départ().
LEs maiſons des Peguans ſont d'une mal-propreté qui parott ſans exem-ple en Afie. IIs ne font pas difficulté d'habiter dans une même chambreavec leurs porcs;& Ja plüùpart ſentent ſi mauvais, qu'on ne ſauroit en ap-procher ſans avoir l'odorat bleſſé. Leur couleur eſt baſanée, mais la plü-part ſont d'aſſez belle taille().
Ins admettent deux principes, comme les Manichéens; l'un auteur dubien, l'autre auteur du mal. Suivant cette doctrine, ils rendent, à Pun&Fautre, un culte peu différent. C'eſt même au mauvais principe que leurspremieères invocations s'adreſſent dans leurs maladies,& dans les diſgracesqui leur arrivent. IIs lui font des vœux, dont ils s'acquitent avec une fi-dẽélité ſcrupuleuſe, aufſi-tõòt qu'ils croyent en avoir obtenu l'effet. Un Prè-tre, qui s'attribue la connoiſſance de ce qui peut être agréable à cet eſprit,ſert à diriger leur ſuperſtition. IIs commencent par un grand feſtin, quieſt accompagné de danſes& de muſique. Enſuite, quelques-uns courenq lemarin par les rues, portant du riz dans une main,& dans l'autre un flam-beau. IIs crient de toute leur force, qu'ils cherchent le mauvais eſprit,pour lui offrir ſa nourriture, afin qu' il ne leur nuiſe point pendant le jour.D'autres jettent, par deſſus leurs épaules, quelques alimens qu'ils lui conſa-crent. La crainte qu'ils ont de ſon pouvoir eſt ſi continuelle& ſi vive,que s'ils voyent un homme maſqué, ils prennent la fuite avec toutes lesmarques d'une extréme agitation, dans l'idée que c'eſt ce redoutable mar-tre qui ſort de enfer pour les tourmenter. Dans la Ville de Tavay, l'uſa-ge des Habitans eſt de remplir leurs maiſons de vivres, au commencementde Tamnée,& de les y laiſſer expoſés pendant trois mois, pour engagerleur tyran, par ce ſoin de le nourrir, à leur accorder du repos pendant lereſte de année(q).
Qvorauz tous les Prêtres du Pays ſfoyent de cette ſecte, on y voit unordre de Religieux, qui portent comme à Siam le nom de Talapoins,& quideſcendent apparemment des Talapoins Siamois. IHs ſont reſpectés du Peu-ple; mais en-vain font ils la guerre à des ſuperſtitions, auxquelles rien n'eſtplus oppoſé que leurs principes. IIs ne vivent que d'aumònes. La vénéra-tion qu'on a pour eux eſt portée ſi loin, qu'on ſe fait honneur de boire de
Feau
(°*) Sheldon, pag. 59r. plus noirs que les Chinois,& plus blanca
(p) Ceux du Pays de Pegu reſſemblent que les Bengalois. Linſchoten, ubi ſupra.aux Chinois, excepté par la couleur, étant(4) Lidem, pag. 592.
—85.₰2„