D'AsEM.
Kemmerouf,Ville royale.
Rèͤgles de lapolygamie.
Figure desHabitans.
286 VOYAGES DANSLES
Feau. On les y remue l'eſpace de dix ou douze heures. Enſuite on paſſæcette eau, trois fois, au travers d'un linge,& puis on la fait bouillir. Ameſure qu'elle bout, le fond s'épaiſſit;& lorſqu'elle eſt conſumée, ontrou-ve au fond de la chaudiêre, un ſel blanc& d'aſſez bon got(). C'eſt dela cendre des memes feuilles, qu'on fait, dans le Royaume d'Aſem, uneleſcive dont on blanchit les ſoyes. Si le Pays avoit plus de figuiers, lesHabitans feroient toutes leurs ſoyes blanches, parceque la ſoye de cettecouleur eſt beaucoup plus chere que l'autre. Mais ils m'ont pas aſſez defeuilles pour blanchir la moitié de toutes leurs ſoyes.
KEMMERoOLUF, eſt le nom d'une grande Ville où les Rois d'Aſem tien-nent leur Cour. Elle eſt ſituée à vingt-cinq ou trente journées d'une au-tre Ville, qui étoit anciennement la Capitale du Royqaume,& qui por-toit le mẽme nom. Le Roi, comme celui de Tipra, ne tire aucun fuübſi-de de ſes Sujets. Mais toutes les mines ſont à lui;& plus humain que lesautres Rois des Indes, il y fait travailler des Eſclaves qu'il achéte de ſesvoiſins, pour ne pas cauſer de fatigue extraordinaire à ſes Sujets. Ainſitous les Payſans d Aſem ménent une vie aiſée. II y en a peu qui n'ayentleur maiſon à part, avec une fontaine environnée d'arbres. La plüpart en-tretiennent même un éléphant pour leurs femmes. Un ancien uſage leurpermet la polygamie. Un Payſan d'Aſem a quelquefois quatre femmes.Mais, pour leur faire éviter toutes ſortes de débats, il dit à l'une, en lesépouſant; je te deſtine, dans mon ménage, à tel exercice; à Pautre, jete prends pour tel ouvrage;& chacune ſait ainſi quel doit etre ſon emploidans la maifon(b). Dans le ſein du Royaume, les hommes& les femmesſont de fort belle taille,& d'un très-beau ſang. Mais les Habitans desfrontières, du cêté du Midi, ſont un peu olivàtres& ne ſont pas ſujets augoitre comme ceux du Nord. IIs n ont pas non plus la taille ſi belle,& laplüpart des femmes ont le nez un peu plat. Du còôté du Midi, les Peuplesd'Aſem vont nuds, ou n'ont qu'un linge dont ile ſe couvrent le milieu ducorps. IIs portent un bonnet, d'où pendent quantité de dents de porc. IIsont les oreilles aſſez percées pour y paſſer le pouce,& les ornemens qu'ilsy portent ſont d'or ou d'argent. Les hommes ne laiſſent pas tomber leurscheveux plus bas que leurs épaules,& les femmes les portent dans toutela longueur qu'ils ont regu de la Nature(i).
LE commerce des braſſelets d'écaille de tortues,& de certaines coquil-les de mer qui ont la longueur d'un œuf, n'eſt pas moins en honneur auRoyaume d'Aſem, que dans le Pays de Boutan. On ſcie ces coquilles enpetits Cercles. Les grands& les riches en portent de corail& d'ambre jau-ne. Ceſt un uſage ſacré, dans tous les ordres de la Nation, qu'en don-nant la ſépulture aux Morts, tous les parens& les amis qui affiſtent au con-
voi, tirent les braſſelets qu'ils ont aux bras& aux jambes,& les jettent dansle tombeau(¾)(1).
(g) Pag. 393.(1) Les trois articles précédens ſom(5) Pag. 394. encore détachés de la ſuite du Tome IX.(i) Ibidem. de l'Edition de Paris, odù ils ſe trouvent pla-(&) TLbid. pag. 394& précédentes. cés dans un autre ordre. R. d. E.
[Royau-