1620.
Eclairciſſe-mens qu'il ti-re de plu-ſieurs lettrestrouvées ſousune pierre.
Beaulieuenvoye de-vant lui ſonVice-Amiralà Bantam.
Fertes qu'llfait dans ſanavigation.
298 vOYACE DE BEAULIE U
voit quelques mots d'Anglois; mais il les pronongoit ſi mal, qu'il ne pou-voit ſe faire entendre que pour demander du pain. Le 28 de Mars, lorſ-qu'on ſe diſpoſoit à lever l'ancre, quelques Matelots, revenant de FIle quieſt à deux lieues du mouillage au Nord-Oueſt, en apportèrent deux pac-quets de toile godronnée, qu'ils y avoient trouvés fous une groſſe pierre.Beaulieu en fit ouvrir un, qui étoit enveloppé d'une placque de plomb ſousla toile,& qui contenoit, dans un petit fac, des lettres en langue Hollan-doiſe, dont le papier s'étoit confervé fort ſec. Les unes étoient de Ami-ral Verbagen, qui avoit pafſé par cette Baye, le 2 de Février de la méme an-née,& qui informoit ceux de ſa Nation, entre les mains deſquels ces let-tres pourroient tomber, de P'état des affaires Hollandoiſes aux Indes Orien-tales. D'autres, en langue Angloiſe, éroient d'un Vaiſſeau de cette Na-tion, parti de Tikou, dans'Ifle de Sumatra, pour aller informer la Com-pagnie de Londres, des mauvais traitemens que ſes Facteurs eſſuyoientaux Indes de la part des Hollandois. D'autres enfin contenoient la nouvelledu Traité qui avoit été conclu nouvellement entre ces deux Puiſſances.
BEAuLIEU fe contenta de prendre copie de toutes ces lettres, qui a-voient été laiſfées ſucceſſivement dans'Ifle,& fit remettre les originauxdans le lieu ou ſes gens les avoient trouvés. Mais les éclairciſſemens qu'ilvavoit lüs, fur les affaires de Java, le jettérent dans une grande incertitude.Il y apprenoit que les Hollandois avoient affiégé la Ville de Bantam, avectrente cinq Navires; que Ia diſette des vivres avoit obligé les Anglois d'enſortir; que les hoſtilités étoient ſi ſanglantes dans ce Siége, que les deuxPartis s'envoyoient mutuellement les tétes des Priſonniers(2). dier ap-parence de fé rendre à Bantam, ou les ordres de fa Compagnie ne laiſſoientpas de l'appeller?& quand il auroit pü ſe promettre de trouver les Habi-tans diſpofés à le recevoir, pouvoit-il eſperer que les Hollandois, avec desforces ſi conſidérables, lui accordaſſent la liberté du paſſage; eux dont lajalouſie s efforgoit d'exclure des Indes tous les Concurrens de leur Com-merce?
APRRs avoir délibéré long-tems, il prit le parti de ſe faire précéderpar ſon Vice-Amiral, auquel il donna des inſtructions pour ſe rendre direc-tement à Bantam. Une tempéête violente, qu'ils eſſuyêrent enſemble, peude jours après avoir remis à ſa voile, ne lui fit rien changer à cet ordre. IIcontinua plus heureuſement ſa route, juſqu'à la hauteur de Madagaſcar, oùla nécefſité de ſe procurer des rafraichiſſemens le fit entrer dans la Baye deSaint Auguſtin(r). De-là paſſant aux Iles Comorre, il mouilla dans cellede Nangaſte, à douze degrés de latitude méridionale;& les avis qu'il y re-gut de quelques Arabes, Iui ſervirent beaucoup à régler fa navigation. Ce-pendant elle fut malheureuſe, non- feulement par les calmes, qui la rendi-rent fort lente, mais encore plus par la mort d'un grand nombre de Mate-lots, fur les deux Vaiffeaux qui lui reſtoſent. Un autre accident lui fit per-dre quelques-uns de ſes braves Soldats vers la Côte de Malabar. Monte-vrier, ſon Lieutenant, lui ayant demandé la permifſion de reconnoitre un
Na-
(2) Ibid. pag. r0. Voyez les Relations(r) Ibid. pag. 15& fuiv.Hollandoiſes du Tome X. de ce Recueil.