Band 
Tome douzième.
Seite
303
JPEG-Download
 

AUX INDES ORIENTALES, LTv. II. 303

teur du Roi méême, dans ſa premiêre audience. Il avoit apporté, de Fran-ce, pluſieurs lettres de cachet en blanc. H prit le parti d'en faire adreſſerune au Roi d'Achem,& de lui faire dire que ce qu il avoit à lui préſentervenoit de la part du Roi de France, quoique la lettre n'en fit aucune men-tion. II la fit traduire en Portugais;& pour adreſſe il fit mettre, A nôtretros-cher Frere le Roi d'Achem. Le ſceau qui contenoit les Armes de France,en cire rouge, fut appliqué auſſi proprement que ſi la lettre étoit venue deFrance toute fermée. A l'égard des préſens, il ſe garda bien d'employerdes chaines de verre émaillé,& d'autres marchandifes de peu de valeur,dont fa Compagnie avoit jugé à propos de le charger. C'eüt été donneroccaſion à ſes Ennemis de publier qu'’il ſe couvroit fauſſement du nom deſon Prince. IIl choiſit, entre ce qu'il avoit de plus précieux, des armescomplétes de Cavalier, entiérement gravées& dorées; un coutelas d'Alle-magne, dont la garde étoit auſſi gravée& dorée,& dans laquelle jouoit unpiſtolet, qui prenoit feu en pouſſant un bouton de v'autre cêté de la coquil-le: fix mouſquets, dont les canons étoient dorés& gravés,& le füt en-richi de nacre de perle: deux fers de picque, émaillés& dorés. Un trées-grand miroir, qui ſe trouva caſſé, mais qu'il ne préſenta pas moins dans ſacaiſſe, en témoignant ſon regret de cet accident: deux pièces de camelotondé cramoiſi: deux grands Hlaccons, pleins d'excellente eau roſe(†).

PLUSIEURS Negocians de diverſes Nations, dont on regut la viſite,trouvérent ces préſens magnifiques; fur-tout le Capitaine d'un Navire deSurate, qui lui dit hardiment que cette galanterie ſeroit mieux employée àla Cour du Grand Mogol, qu'à celle d'Achem. Les Officiers du Roi n'enparurent pas moins frappés: mais cette raiſon mêeme leur faiſant ſouhaiterque de ſi belles piêces fuſſent en plus grand nombre, ils preſſerent Beaulieud'y en joindre d' autres; en lui repréſentant que leur Roi étoit un des pluspuiſſans Princes de IInde. II leur répondit, avec fermeté, qu'il connoifſoitja grandeur du Roi d-Achem, mais qu'il ne ſavoit pas moins la valeur de cequ'il lui préſentoit.

LE jour de l'audience fut un jour de fete, dans Achem, par la magnifi-cence de la marche. Ces deſcriptions, qui flattent la vanité d'un Vova-geur, ne peuvent être répétées dans chaque Journal, quoiqu'elles en faſ-fent quelquefois le principal ornement. Ici l'on peut ſe rappeller ce qu'ona lü de plus éclatant dans ce genre, à la Cour d'Achem,& ſuppoſer, àPhonneur de Beaulieu, qu'on y ajoũta de nouvelles diſtinctions en ſa faveur.Om le fit attendre quelques momens à la porte de la chambre du Roi, quieſt couverte de lames d argent. Un Eunuque vint dire au Sabandar, quiſervoit d' Introducteur, que le Roi ſe trouvoit indiſpoſé, mais que le Capiraine Frangois étant ſi proche, Sa Majeſté ſe feroit un effort pour le rece-voir. Deux Officiers de la Cour prirent auffi-têt Beaulieu par les maina,& leconduiſirent au pied de Feſtrade du Roi, qui étoit élevé d'environ deuxpieds. On étendic un tapis de Furquie, ſur lequel on le fit aſſeoir, les jam-

bes croifées, ſuivant Puſage du Pays. II ſalua le Roi, ſuivant le mêeme uſage, en joignant les mains& les portant au front, avec une legere inclina-tion

(F) Wid. pag. 49.

1621.

Préſentqu'il deſtineau Roi.