Commentſe rend àAchem.
Beaulieu de-mande des ſa-tisfactions auRoi d'Achem.
818 VvOYAGE DE BEAULIEI
que les Hollandois, empéchant Gravé de ſauver ſes marchandiſes, ſe ſaiſi
rent non-ſeulement du poivre, qu'ils tranſportérent dans leurs Magaſins;mais encore de toute''artillerie& des débris méêmes du Navire, qu'ils ven-dirent au ſon du tambour. Gravé, réduit au deſeſpoir, leur demanda du-moins quelque ſecours pour ſe rendre au Port d'Achem, avec quinze ou ſei-ze hommes qui lui reſtoient, dans Peſpoir d'y trouver encore Beaulieu. Li-money, Commis de la Compagnie de Saint-Malo à Bantam, avoit acheté ſaPatache,& ſe voyant fermer aufſi toutes les voyes du Commerce, prit laréſolution de partir avec lui; c'eſt-à-dire, Gravé& Limoney dans la Pata-che;& les quinze ou ſeize autres Frangois dans une de ces Barques du Pays,qui ſe nomment Pares, ſous la conduite du Capitaine du Buc. La Barque,qui Stoit arrivée au Port d'Achem dées la fin du mois d'Aoüũt, avoit été ar-retée par l'ordre du Roi, avec tout ce qu'elle portoit d'hommes,& la va-leur de deux mille cinq cens piaſtres qu'ils avoient ſauvés en muſce, en pier-reries, en bezoard& autres marchandiſes. La Patache n'étoit entrée dansce Port que depuis quatre ou cinq jours. Gravé, qui étoit dangereuſementmalade, n'y trouvant pas Beaulieu,& voyant les reſtes de ſon Equipage& de ſes effets entre les mains du Roi d'Achem, n'avoit p0 foutenircette dernière diſgrace, II avoit profité de Poccaſion du Vaiſſeau An-glois, pour quitter un Pays dans lequel il n'avoit eſfüuyé que des infor-tunes(h).
BEAULIEU, conſterné de ce récit, ſe hata de faire apporter le Vice-Amiral à bord. II regut de ſa bouche, en préſence de pluſieurs témoins,la confirmation de ce qu'il venoit d'entendre. Quelques jours aprêès, lemalheureux Gravé mourut entre ſes bras, de chagrin autant que de mala-die(c.)
UN juſte reſſentiment porta Beaulieu à mouiller dans la Rade, au milieu-de cinq Vaiſſeaux Mores; réſolu, ſi le Roi faiſoit difficulté de lui rendreſes gens, d'employer la force pour enlever quelques-uns de ces Bàtimens.A peine avoit-il jetté'ancre, que pluſieurs Officiers d Achem venant à bord,lui dirent que le Roi ſe réjouiſſoit de ſon retour,& le prioit de ſatisfairepromptement Fimpatience qu'il avoit de le- voir. Beaulieu répondit avecfierté, qu'il ſe garderoit bien de prendre la même confiance à J'amitié d'unPrince qui avoit arrété ſes gens comme des voleurs,& qui s'Etoit faiſi dequelques miſérables reſtes de leur Navire brolé. II ajoũta que ce'ctoit re-connoitre fort mal les offres de ſervice qu'il avoit reges de la 9Frangoiſe,& les préſens d'un grand Roi. Tous les Officiers I'aſſurèrentauſſi-tõt, que le Roi regrétoit beaucoup d'avoir 6tésrompé par de faux rap-ports, fur leſquels il s'étoit perſuadé mal-à-propòs que ſes Priſonniers é-toient des Portugais qui avoient ravagé ſes Côtes: que les ayant reconnuspour des Frangois, il leur avoit rendu la liberté: qu'à la vérité, il ne leuravoit pas permis de partir avec les Hollandois& les Anglois, parce qu' ayantremarqué, dans ces deux Nations, une jalouſie dont ils toit defié, il n'avoitpas voulu livrer les Sujets du Roi de France, avec lequel il avoit fait ami-tié, entre les mains de ſes mortels ennemis; mais qu' il s'Etoit propoſé de les
re-
(b) Ibidem. pag. 87, 88, 89.(*) Ibid. pag. 90.