DescanprIoNDE 1. IS1.E DESOMATRA.Leurs goùts& leurs arts.
Leur Reli-
8& 2gion& leurhypocriſie.
Loix&
318 VOYAGEIEDESBEAULIEU
Roi ne faiſoit tomber ſes principales vexations ſur les perſonnes riches. I
03arts ſont en honneur dans la Ville d'Achem.
IHH s'y trouve d'excellens For-gerons, qui font toutes ſortes dlouvrages de fer; des Charpentiers, qui en-tendent fort bien la conſtruction des Galères; des Fondeur pour tous lesouvrages de cuivre. On adéja fait remarquer, dans le Journal de Beau-lieu, que le Roi entretenoit au Palais trois cens Orfêvres,& quantité d'au-tres Artiſans. Depuis le regne de ce Prince, les Achemois paſſoient pourles meilleurs Soldats des Indés. IIs font extrémement ſobres. Le riz faitleur ſeule nourriture. Les plus riches y joignent un peu de poiſſon& quel-ques herbages. I! faut etre grand Seigneur, à Sumatra, pour avoir unepoule, rôtie ou bouillie, qui fert pendant tout le jour. Aufſi diſent-ilsque deux mille Chrétiens, dans leur Ile, l'auroient bicntôt épuifée de bœufs& de volaille. Ils ſont tous Mahométans,& tous feignent beaucoup deozele pour leür Religion: mais on découvre aiſément leur hypocriſie, fur-vout dans l'affection qu'ils font éclater pour leur Roi, à qui, ſuivant lestermes de Beaulieu, ilr déſireroient d'avoir mangé le cœæur(). Ils le redou-tent juſqu'au point, que dans la crainte continuelle que leurs voiſins, ou lestémoins de leur conduite, n'attirent ſur eux ſa colère, par quelque rapportmalin, ils s'efforcent eux-méêmes de les prévenir par de fauſſes accuſa-tions. De-là vient ſa cruauté; parce qu'étant obſedé de délateurs, il s'i-magine qu'on en veut ſans ceſſe à ſa vie,& que tous ſes Sujets ſont au-tant de mortels ennemis dont il ne peut trop ſe défier. Le frère accuſe lefrère. Un pèêre eſt accuſé par ſon fils. Lorſqu'on leur reproche cet excésd'inhumanité,& qu'on les rappelle aux droits de la conſcience, ils répon-dent que Dieu eſt loin, mais que le Roi eſt toüjours proche(p).
I.A pluralité des femmes eſt établie à Sumatra, comme dans tous les PaysMahométans,& les loix du mariage y ſont les mémes. Les grandes ufü-res& les prêts ſur gage y font rigoureuſement défendus. Tandis qu'à Ban-tam on prend par mois juſqu'à cinq pour cent, le plus gros intérèt n'eſt icique de douze par an. On y porte la rigueur fort loin pour les dettes. AFexpiration du terme, le débiteur eſt appellé en Juſtice, oùs le créancierprouve ſes droits. Le délai qu'on accorde, pour payer, eſt ordinairementtres-court. Si P'ordre du Juge n'eſt pas exécuté au jour preſcrit, on arrêétele débiteur, qui eſt condamné à ſatisfaire ſur le champ;& ſi le pouvoir oua volonté lui manque, on lui attache les mains derrière le dos avec un Rot-tan. On le laiſſe libre dans cet état; mais il eſt défendu ſous peine de lavie de lui délier les mains;& chaque jour, il doit ſe préſenter au Juge,pendant la ſcance. Enfin, s'il ſe laiſſe déclarer inſolvable, il eſt abandon-ne au créancier, dont il devient l'eſclave juſqu'à la fin du payement. CeTribunal, qui eſt celui de la Juſtice civile, ſe tient chaque jour au matin,à l'exception du Vendredi, proche de la principale Moſquée. Celui de laJuſtice criminelle, qui regarde les meurtres, les larcins,&c., ſe tient dansun autre lieu. Ce ſont les plus riches Orancaies, qui préſident alternative-ment à l'un& à'autre,
BEAU-
(°) Ibid. pag. 100.(†) Widem.