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Tome douzième.
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MENDEZPINToO.

Faria ſerend à l'Iſled'Aynan.

Il attaqueun Vaiſſeau,qu'il prendpour celui deCoja-Acem.

Carnagequ'il y fait.

Hiſtoired'un vieuxChrétien qu'ily trouve.

354 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

change de leurs métaux, ils recevoient volontiers de or, des diamans&des rubis(g).

LE ſeul fruit que nous emportàmes de Taiquilleu pour la vengeance deFaria, fut d'y avoir appris que ſi Coja-Acem exergoit le Commerce, e'étoitdans P'Ifle d'Aynan qu il le falloit chercher, parceque tous les VaiſſeauxMarchands s'y raſſembloient dans cette ſaiſon. Nous ſortimes de la Rivie-re;& ſuivant l'avis du Pilote, nous alläames chercher Pulo Champeilou, Ifleinhabitée, qui borde l'Anſe de la Cochinchine, pour y employer quelques joursà diſpoſer nôtre artillerie. De là, nous fimes voile droit à'Iſle d'Aynan,où pafſant l'ecueil de Pulo Capas, nous commengàmes à ranger la terre,dans la ſeule vũe de reconnoitre les Ports& les Rivieres de cette Côte.Quelques Soldats, qui furent envoyés à terre, ſous la conduite de Bor-ralho, rapportèrent, qu'ayant pénetré juſqu'à la Ville, qui leur avoit pa-ru compoſée de plus de dix mille maiſons,& revetue de murs& de toursavec un foſſé plein d'eau, ils avoient v, dans le Port, un ſi grand nom-bre de Navires, qu'ils en avoient compté juſqu'’aà deux mille. A leur re-tour, ils découvrirent, à lembouchure de la Rivière, une groſſe Jonque àFancre, qu'ils crurent reconnottre pour celle de Coja-Acem. Cette con-jecture, qu’ils ſe haterent d'apporter à Faria, lui cauſa tant de ſatisfac-tion, que ſans perdre un moment,& laiſſant ſon ancre en Mer, il donnaordre de faire voile, en répétant que ſon cœur P'averciſſoit qu'il touchoit àrheure de la vengeance. 1

Novs nous approchàmes de la Jonque, avec une tranquillité qui nousfit paſſer pour des Marchands. Outre ſe deſſein de tromper nêtre ennemipar les apparences, nous appréhendions d'etre entendus de la Ville,& devoir tomber fur nous, tous les Navires qui étoient dans le Port. Aufſi-têt que nous fmes près du bord indien, vingt de nos Soldats, qui mat-tendoient que cet inſtant, y fautéèrent avec une impéetuolité qui- leur épargnala peine de combattre. La plüpart de nos ennemis, effrayés de ce pre-mier mouvement, ſe jettérent dans les flots. Cependant, quelques- unsdes plus braves ſe raſſembleérent pour faire tete. Mais Paria ſuivantauſſi-tét, avec vingt autres Soldats, fit un furieux carnage de ceux qui a-voient entrepris de réſiſter. Il en tua plus de trente;& d'un Equipageafſez nombreux, le feu n'épargna que ceux qui s'toient jettés dans la Mer,& qu'on en fit retirer; autant pour ſervir à la navigation de nos propresValiſeaux, que pour déclarer quel étoit leur Chef. On en mit quatre àla torture; mais deux ſouffrirent la mort avec une brutale conſtance. Onalloit expoſer aux memes tourmens un petit gargon, qu'on eſperoit defaire parſer plus facilement; lorſqu'un vieillard, qui éroit couché ſur letillac, s'écria, la larme à'œil, que c'étoit ſon fils,& qu'il demandoitd'ercre entendu, avant que ce malheureux enfant füt livré aux ſupplices.Faria fit arréter Exécuteur. Mais, aprêès avoir promis au Pêere la vie&

la

(g) Pag. 181& précédentes. L'Auteur roient trouvé, dit- il, plus de profit& moinsregrette que les Portugais n'ayent pas tourné de peine.leurs conquétes de ce côté- la. IIs y au-