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Tome douzième.
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MENDEZ

Faria ſerend à Muti-pinam.

Il prendune jeunemariée.

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358 VOYAGES DE MENDEZ PINTOpargnoit pas plus que les Portugais, lorſqu'il pouvoit les ſurprendre avce

avantage.

On demanda au malheureux, qui faiſoit ce récit, s'il réconnoitroit leCorſaire parmi les morts. Il entreprit de le trouver, quoique les cadavreseuſſent été jettés dans la Mer;&s'Etant mis dans une petite Barque, il le dé-couvrit enfin parmi pluſieurs corps qui flottoient ſur eau. On lui trouvaun grand coup d’'épée ſur Ja tete,& un coup de picque qui lui traverſoiteſtomac. II lui etoit reſté une chaine d'or autour du cou, de laquelle pen-doit une eſpeèce d'idole, en forme de lézard à deux tétes, avec la queue& les pattes émaillées de verd& de noir. Faria l'ayant fait trainer vers laproue, lui coupa la téte& fit tailler le corps en pieces, qui furent jettéesdans les flots(1).

LE butin fut eſtimé environ quarante mille taels. On trouva, dans lesdeux Jonques, dix-ſept pieces d'artillerie de bronze, aux armes de Portugal.Quoique ces deux Bàtimens fuſſent trées-bons, Faria ſe vit obligé d'en fairebrüler un, faute de Matelots pour le gouverner. Le lendeman, il voulut ten-ter encore une fois d'entrer dans la Riviére; mais quelques Pêcheurs, qu'ilavoit pris pendant la nuit, lavertirent que le Gouverneur de cette Pro-vince(m) avoit toüjours été d'intelligence avec le Corſaire, qui lui ceé-doit le tiers de ſes priſes pour obtenir ſa protection, dont il jouiſſoit depuislong-tems. Cette nouvelle nous fit prendre le parti de chercher un autrPort. On ſe détermina pour Mutipinam, qui eſt plus éloigné de quaran-te lieues à„'Eſt,& fréquenté par les Marchands de Laos, de Pafuas& deGueos.

Nouvs fimes voile avec trois Jonques& le premier Vaiſſeau dans le-quel nous étions partis de Patane, juſqu'à Tilaumera, où la force des cou-rans nous obligea de mouiller. Aprêès nous y être ennuyés trois jours àpancre, la fortune nous y amena, vers le foir, quatre Lanteas, eſpèce deBarques à rames, dont l'une portoit la fille du Gouverneur de Colem, mariéedepuis peu au fils d'un Seigneur de Pandurèe. Elle alloit joindre pour lapremieère fois ſon mari, qui devoit venir au-devant d'elle avec un cortègedigne de leur rang. Mais ceux qui la conduiſqient ayant pris nos Jonquespour celles qu'ils eſpéroient de rencontrer, vinrent tomber entre nos mains.Faria fit cacher tous les Portugais. La jeune mariée paroiſſant elle-même,demandoit déja ſon mari, lorſque pour, réponſe, une troupe de nos gens ſau-térent dans les Lantées,& s'en rendirent les mattres. Nous fimes paſſerauſſi-tôt nôtre priſe à bord. Faria ſe contenta de retenir la jeune mariée,& deux de ſes frêeres qui étoient jeunes, blancs—& de fort bonne mine,avec vingt Matelots, qui nous devinrent fort urtiles pour la manœuvre denos Jonques. Sept ou huit hommes, qui formoient le cortêge,& pluſieursfemmes âgées, de celles qui ſe louent pour chanter& jouer des inſtrumens,furent laiflées ſur la Céte. Le lendemain, étant partis de ce lieu, nous ren-conträmes la petite flotte du Seigneur de Pandurée, qui paſſa près de nous

aVveC

(1) Pag. 204& précédentes.(m) C'’stoit la Cochinchine, qui dépendoitalors du Tonquin.