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Hiſtoire duCorſaire Hi-nimilau.
Sort cruelde huit Eſcla-ves Portu-gais.
360 VOYACESDE MENDEZ PINTO
avoient üté les biens& la vie à quantité de Chrétiens;& juſqu'alors toutesnos richeſfes nous paroiſfolent bien acquiſes Apreées avoir lutté pen-dant douze jours contre les vents, nous arrivàmes au Cap de Pulo Hinbornom Indien de l'Ifle des Cocos. De-là étant retournés vers la Côte du Sud,où nous fimes quelques nouvelles priſes, nous revinmes enfin vers le Portde Madel,& nous entràmes dans la Riviere, le 8 de Septembre. Le Ciel,chargé de nuages depuis trois ou quatré jours, annongoit une de ces tempeè-tes, qui portent le nom de ITyphons,& qui ſont fréquentes dans ces Mersaux nouvelles Lunes. Nous vimes pluſieurs Jonques qui cherchoient uneretraite,& qui mouilloient dans les anſes voiſines.
UN fameux Corſaire Chinois, redouté des Marchands ſous le nom d' Hi-nimilau, entra dans la Rivieére après nous. Sa Jonque étoit grande& fortGlevée. En s'approchant du lieu oùð nous étions à lancre, il nous ſalua,ſuivant Fuſage du Pays, ſans nous avoir reconnus pour des Portugais. Nousle prenions auffi pour un Marchand Chinois, qui redoùtoit approche dutyphon. Mais tandis qu'il paſſoit, à la portéee de la voix, nous entendimescrier diſtinctement dans nêtre langue, Seigneur Dieu, miféricorde(p). Cecri,répété pluſieurs fois, nous fit juger qu'il venoit de quelques malheureux Eſ-claves de néõtre Nation. Faria, qui pouvoit ſe faire entendre des MatelotsChinois, leur ordonna d'amener leurs voiles. IIs paſſèrent ſans lui répon-dre;& jettant l'ancre un quart de lieue plus loin, ils commencerent alorsà jouer du tambour& faire briller leurs cimeterres. Quoique ces bravadesſemblaſſent marquer du courage,& de la confiance dans quelque ſecoursque nous ignorions, Faria dépecha vers eux une Barque bien équipée; ellerevint bien-têôt avec un grand nombre de bleſſés, qui n'avoient puü ſe défen-dre contre une nuée de dards& de pierres qu'on leur avoit lancées d'abord.Ce ſpectacle irrita ſi vivement Faria, que faiſant lever aufſi-tét les ancres,il s'approcha de Pennemi juſqu'à la portée de l'arquebuſe. A cette diſtan-ce, il le ſalua de trente-ſix piêces de canon, entre leſquelles il y en avoitquelques-unes de batterie, qui tiroient des balles de fonte. Toute la réſolu-tion des Corſaires ne les empecha point de couper leurs cables pour ſefaire échouer ſur la rive; mais Faria n'eut pas plutõt reconnu leur deſſein,qu'il les aborda furieuſement. Le combat devint terrible. IIs éroient enſi grand nombre, que pendant plus d'une demie heure, les forces ſe ſoũtin-rent de part& d'autre avec beaucoup d'égalité. Mais enfin les Corſaires,las, bleffés ou brülés, ſe jetterent tous dans les flots; tandis que pouſſantdes cris de joye, nous continuames de preſſer une ſi belle victoire. NöôtreGénéral, voyant périr un grand nombre de ces miſérables, qui ne pouvoientréſiſter à l'impétuoſité du courant, fit paſſer quelques Soldats dans deuxBarques, avec ordre de ſauver ceux qui voudroient accepter leur ſecours.On en fauva ſeize, entre leſquels étoit Hinimilau, Capitaine de la Jonque.
Ir fut amené devant Faria, qui fit d'abord panſer ſes playes. Enſuite illui demanda ce qu'étoient devenus les Portugais que nous avions entendusſur ſon bord. Le Corſaire répondit fieérement qu il men ſavoit rien; mais
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(p) Pinto ne manque jamais de mettre le méme cri dans la bouche de tous les malheu-reux dont il parle. K. d. E.