MaNDEZPINTO.
& quoi ildoit la vie.
Il guérit lePrince de
Bungo.8
42²6 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
proprè ſang, conclurent que je Pavois tué;& mille cimeterres, que je visbriller autour de moi, me firent connottre le fort auquel je devois m'atten-dre. Cependant le Roi ſuſpendit les effets de cette violence, pour ſe faireexpliquer la cauſe d'un ſi funeſte accident; de peur, ajoHta-t-il, que le cri-me ne f0t venu de plus loin,& que je n'euſſe été corrompu par les parensdes trattres qu'il avoit condamnés depuis peu au dernier ſupplice(i). Mal-heureuſement pour moi, la crainte avoit fait fuir mon Interpréẽte;& cettecirconſtance étoit capable d'aggraver les ſoupgons. On le découvrit néan-moins aprés de longues recherches. II fut amené au Roi, chargé de chas-nes. Mais on m'avoit déja livré aux Offciers de la Juſtice, qui m'avoientfait lier les mains,& qui commengoient à me traiter comme un coupableaveré. Le Préſident étoit affis, les deux bras retrouſſés juſqu'aux épaules,tenant de la main droite un poignard rougi dans le ſang du Prince. J'étoisà genoux devant lui, environné des autres Officiers;& cinq Boureaux, quiétoient debout derriére moi, avec leurs cimeterres nuds, ſembloient n'at-tendre qu'un mot ou un ſigne pour Pexécution(&).
Cns horribles préparatifs s'étoient faits apparemment pour F'interroga-tion, pendant que mon Interpréte avoit été conduit devant le Roi. II futamené au Tribunal. Mon épouvante redoubla, lorſque je le vis paroitreau milieu d'une troupe de Gardes, les mains liées, aufſi pàle, auſſi trem-blant que moi. On me fit diverſes queſtions, auxquelles je ne laiſſai pas derépondre avec toute la force de l'innocence. J'ignore quelle impreſſion mesréponſes firent ſur mes juges. Mais le Ciel permit que le jeune Prince é-tant revenu d'un long évanouiſſement ſouhaita de me voir;& qu'apprenantla rigueur avec laquelle j'écois traité, Pinquiétude de mon fort alla juſqu'àIui faire proteſter qu'il ne recevroit aucun fecours, ſi je métois déelivré ſurle champ des mains de la Juſtice. Un ordre du Roi vint adoucir auſſi-tõtza ſévérité d'un inflexible Tribunal. On m'ôta mes chames;& je fus con-duit au Palais, où le Prince me fit des ſatisfactions& des excuſes, qui nehaiſſerent rien à déſirer pour ma juſtification. II avoit été panſé par quel-ques Bonzes, qui font office de Médecins& de Chirurgiens au Japon:mais la bleffure étoit ſi dangereuſe, qu'ils paroiſſoient douter eux- mêmesde leur méthode. Une longue expérience, que je n'avois pu manquer d'ac-quérir dans un ſi grand nombre d'avantures militaires, me fit rappeller laconnoiffance de quelques remêdes que j'avois vüs employer avec ſuccès. Jeles propoſai avec d'autant plus de confiance, que le jeune Prince paroiſſoitattendre de moi ſa guériſon. Le Roi, qui croyoit me devoir la vie& laſanté, ne balanga point à me confier le ſoin de ſon fils. Je m'armai de cou-rage,& P'ayant prié de faire éloigner tous les Bonzes:„ Je fis ſept points„ à la main droite, qui me parut la moins dangereuſe des deux bleſſures. Un„ bon Chirurgien en eut peut-etre fait beaucoup moins. A la téte, qui„ me cauſoit plus d'embarras, je n'en fis que cing; après quoi, py appliquai„ des étouppes trempées dans des blancs d'œuf, avec de bonnes ligatures,
„ tel-
(i) Pag. 653. pon, eſt de mettre les coupables en pièces à7)
(*) Le ſupplice le plus ordinaire au Ja. cCoups de ſabre.