MEzNDEZPINTO.
Tragiquesreé ſolutions.
Le Roi&Ja Ville deMartaban ſelivrent auxBramas.
Mauvaiſefoi du Roi deBrama.
Eclat de ſontriomphe.
442 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
ſité de congédier Seixas, en l'exhortant à chercher un Protecteur plusheureux;& ce ne fut pas ſans lui avoir fait de riches préſens(n). 1Ilui laiſſa auffi la liberté d'emmener une jeune& belle fille de ſfa Cour,dont il avoit eu deux enfans;& qu'il épouſa depuis à Coromandel. Sei-xas revint au Camp, cinq jours après,& nous attendrit beaucoup par cerécit(°).
CHAMNBAYNHA Connut qu’'il ne lui reſtoit plus d'eſpérance aux ſecourshumains. II affembla tous ſes Officiers,& dans ce Conſeil général, on pritla réſolution de donner la mort à tous les êtres vivans qui m'toient pas ca-pables de combattre,& de faire un ſacrifice de ce ſang à Quiay- Nivandel,Dieu des Batailles. On devoit jetter enſuite dans la Mer tous les tréſorsdu Roi,& mettre le feu à la Ville. Apres ces trois exécutions, ceux quiſe trouvoient en état de porter les armes étoient déterminés à fondre ſurles ennemis, pour chercher la mort ou pour s'uvrir un paſſage. Mais undes trois Généraux de IEtat, préférant l'opprobre à cette glorieuſe fin,ſe jetta la nuit ſuivante, avec quatre mille hommes, dans le Camp des Bra-mas. Le reſte des troupes, qui ne montoit pas à deux mille, parut ſi dé-couragé par cette déſertion, que dans la crainte de voir ouvrir les portesde la Ville, ou d'ètre livré à l'ennemi, Chambaynha prit enfin le parti deſe rendre volontairement.
LE lendemain, à ſix heures du matin, nous vimes paroitre ſur les mursun étendart blanc, qui fut regardé comme le ſigne de la ſoũmiſſion. Unhomme, à cheval, s'approcha des portes. On lui demanda les ſauf-con-duits ordinaires. IIs furent envoyés ſur le champ, par deux Officiers Bra-mas, qui demeureérent en êôtages dans la Ville. Alors Chambaynha fit por-ter à ſon ennemi, par un Prêtre àgé de quatre-vingt ans, une Lettre écri-te de ſa propre main. Elle contenoit P'offre de s'abandonner à ſa clémen-ce, avec ſa femme, ſes enfans, ſon Royaume& tous ſes tréſors, ſans au-tre condition que la liberté de paſſer le reſte de ſa vie dans un Cloitre. LeRoi de Brama répondit auffi-tõt, par une autre Lettre, qu'il oublioit lesoffenſes paſſées,& que ſon deſſein étoit d'accorder au Roi de Martabanun Etat& des revenus dont il ſeroit ſatisfait. Cette promeſſe n'toit qu'u-ne trahiſon. Cependant elle fut publiée, dans le Camp, avec beaucoup deréjouiſſances(p).
DEs le lendemain, on y vit briller tous les préparatifs du triomphe. LeRoi fit dreſſer dans ſon quartier, quatre-vingt-fix tentes, d'une richeſſe ad-mirable, dont chacune fut environnée de trente éléphans. Toute'Arméefut rangée dans un fort bel ordre;& les Etrangers ayant été avertis deprendre les poſtes qui leur ſeroient aſſignés, Cayero ne put ſe diſpenſerd'en accepter un avec tous ſes Portugais. II ſe trouva placé à Pavant-gar-de, qui n'Stoit pas éloignée de la porte par laquelle Chambaynha devoitſfortir. On comptoit plus de quarante Nations, qui étoient rangées 82
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(/) Entre leſquels étoient deux braſſelets rent quatre-vingt mille au Gouverneur deque Seixas vendit trente-ſix mille ducats, à Narſingue. Pag. 726.trois Lapidaires Portugais, qui les revendi-(°) Ibidem.
(D) Pag. 729.