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Tome douzième.
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446
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MERNDEZPINToO.

446 VOYACES DE MENDEZ PINTO

Tandis que nous en cherchions la cauſe, nous vomes ſortir du quartier duRoi, cent éléphans armés,& quantité de gens de pied, qui furent ſuivis dequinze cens Bramas à cheval. A cette Cavalerie ſuccéda un gros de troismille hommes d'Infanterie, armés d'arquebuſes& de lances, au milieu deſ-quels nous decouvrimes cent quarante femmes, liées quatre à quatre, avecun grand nombre de Moines du Pays, qui les conſoloient par leurs exhor-tations. Toutes ces infortunées étolent femmes ou filles des principauxCapitaines de Chambaynha,& la plapart n'étoient dgées que de dix-ſept àvingt-cinq ans(a). Nous admirâmes leur blancheur& leur beauté; maiselles étoient ſi foibles, que pluſieurs tomboient évanouies preſqu'à chaquepas. Derrieère elles, nous vomes parottre douze Huifſiers, avec leurs maſ-ſes d'argent, qui précédoient Nhay-Canatou, Reine de Martaban. Quatrehommes portoient ſes enfans aurur d'elle. Aprés cette Princeſſe, mar-choient deux files de ſoixante Moines, priant dans leurs Livres, la tetebaiſſée& les yeux baignés de larmes. IIs Stoient ſuivis d'une proceſſion detrois ou quatre cens petits enfans, nuds juſqu'à la ceinture, avec des ciergesà la main& des cordes au cou, qui faiſoient retentir Pair de leurs cris& deleurs gémiſſemens. On nous dit qu'ils n'étoient pas deſtinés au ſupplice,&qu' ils n'accompagnoient la Reine& ſes Dames que pour invoquer le Ciel enleur faveur. Cette marche étoit fermée par une autre garde d'Infanterie,& par cent éléphans, armés comme les premiers(L).

LoxsoQuE ces miférables victimes fürent entrées dans lenceinte des é-chaffauts, ſix Huiſſiers à cheval publierent leur ſentence. Elle portoit„ qu'étant filles ou femmes de peres& de maris qui avoient tué un grand„ nombre de Bramas& qui avoient donné naiſſance à cette guerre, le Roi„ les avoit jugées dignes de mort“. Alors, tous les Exécuteurs de la Juſ-tice s'étant melés avéec les Gardes, on n'entendit plus qu'un effroyable bruit.„ Entre les cent quarante femmes, celles qui avoient la force de ſe ſoüte-„nir embraſſoient leurs Compagnes;& jettant la vüe ſur Nhay-Canatou,„ qui étoit aſſiſe à terre, appuy e fur les genoux d'une vieille femme& dé-„ ja preſque morte, pluſieurs ſui firent leurs derniers complimens. Mais„elles furent bien-tot ſaiſies par les Bourreaux,& pendues par les pieds„ſept à chaque potence. Cet étrange ſupplice nous fit entendre pendant„ quelque-tems leurs cris& leurs ſanglots, qui furent étouffés à la fin par„ la chute du ſang()*.

Arons, Nhay-Canatou fut avertie de s'avancer vers P'inſtrument de ſamort. Le Raulin de Mounay, qui avoit ordre de Taſſiſter particulierement,lui addreſſa quelques diſcours qu'elle parut écouter avec conſtance. Elledemanda un peu d'eau, qu'on lui apporta;& sen étant rempli la bouche,elle en arroſa ſes enfans qu'elle tenoit entre ſes bras. Enſuite jettant lesyeux fur le Bourreau, qui ſe ſaiſiſſoit d'eux, elle lui demanda, au nom du

Ciel,

(a) La barbarie du Roi de Brama, qui„*'Auteur, les effets de ſa felonie,& laavoit déja fait la méême exécution au Pegu,„ haine qu'’il avoit toüjours portée aux fem-& les raiſons qu’on lira dans la ſentence,„ mes“. Pag. 742.n'Etoient pas ici ſes ſeuls motifs. Pinto(b) Pag. 743.fait entendre qu'il étoit livré à des amours(c) Pag. 745.déteſtables,„ II voulut falre ſentir, dit