MENDEZPoINT.
Un Portu-gais abandon-ne la Reli-gion des Bra-mines, qu'ilavoit ſuiviependantvingt-troisans.
L'Auteur ſerend à laChine.
Nouveauxmalbheurs quilui ſurvien-nent.
Affreuxnaufrage.
470 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
cercueil dans une Jonque remplie de terre(i)(). Nötre conſeil fut ap-plaudi,& nous valut plus de dix mille ducats, comme une juſte récompen-ſe du ſervice que nous rendions à''Empire.
Nous primes peu d'intérêét aux cruelles diviſions qui précédèrent'élec-tion d'un nouveau Pangoram. Le tems de la navigation ne fut pas plutêtarrivé, qu'ayant obtenu du Roi de Bantam la liberté de remettre à la voi-le, nous partimes pour la Chine, comblés des bienfaits de ce Prince. IIjoignit, à Fexemption des droits pour nos marchandiſes, un préſent conſi-dérable, qui nous produiſit à chacun cent ducats,& trois cens aux héri-tiers de quatorze des nêtres, qui avoient perdu la vie au Siége de Paſſa-ruan. II nous permit auſſi d'emmener un Portugais, nommé Nuno Rodri-guez Taborda, natif de Penamocor, que diverſes avantures avoient jetté dansfon Iſle,& qui ayant embraſſé, depuis vingt-trois ans, la Religion desBramines, ſe ſentit diſpoſé à nous ſuivre, pour rentrer dans'Egliſe Chré-tienne. Ce Pénitent ſe rendit enſuite à Malaca, ouù ſa converſion parutd'autant plus ſincére, qu'il ne fit pas difficulté de ſe ſoũmettre à la loi quimui fut impofée, de ſervir Peſpace d'un an dans Hôpital des maladies in-curables;& ſa mort, qui arriva préciſément à la fin de ce terme, ſemblamarquer que le Ciel étoit ſatisfait de ſon répentir(1).
QuaATRE Vaifſeaux Indiens, qui entreprirent avec nous le Voyage dela Chine, nous forméèrent comme une 118559 avec laquelle nous arri-vämes heureufement au Port de Chincheu. Mais quoique les Portugais.exergaſſent librement leur Commerce, nous y paſſaàmes trois mois& demidans de continuels dangers. On n'y parloit que de révoltes& de guerre.Les Corſatres profitoient de ce déſordre, pour attaquer les Vaiſſzaux mar-chands juſqu'au milieu des Ports. La crainte nous fit quitter Chincheu,pour nous rendre à Chabaqua). C'étoit nous précipiter dans les malheursdont nous eſpérions de nous garantir. Six-vingt Jonques, que nous y trou-vames à l'ancre, nous enlevéêrent trois de nos cinq Vaiſſeaux. Le nôtres'en garantit, par un bonheur qui me cauſa de l'admiration. Mais les ventsd'Eſt, qui commengoient à s'élever, nous ötant Peſpérance d'aborder dansd'autres Ports, nous nous vames forcés de reprendre la haute Mer, oùnous tinmes une route incertaine, pendant vingt-deux jours. La Barre deCamboja, que nous reconnũmes le vingt-troiſiéme au matin, ranima nòôtrecourage,& nous nous en approchions, dans le deſſein de jetter l'ancre,lorſqu une furieuſe tempete, qui nous furprit à''OQueſt-Sud-Oueſt, ouvritnôtre quille de poupe. Les plus habiles Matelots ne virent pas reſ-
ouree
(i) Pinto ſe rend juſtice en ajoùtant:„ encore que la choſe ne füt pas ſi émer-„ veillable d'elle-méme, ſi ne laiffa t'el-„ le pas de nous éêtre trées-avantageuſe“.Pag. 899.
(*) Suivant Valentyn, les Javanois, quidoivent le mieux ſavoir l'Hiſtoire de leursRois, conviennent tous, que celui dont il
s'agit ici Stoit mort en 1564(1) tranquil-
lement ſur ſon lit, dans un age fort avancé,
après avoir régné quatre vingt- quatre an-
nées,& qu'il avoit laiſſé l'Empire à ſon fils;
au-lieu que Pinto le donne, par élection, au
Pati de Cidajo, Prince de Surabaya. R. d. E.(¼) Pag. 907.
(1) Ceſt apparemment une faute dans Valentyn, pout 1946, anntée dans laquelle Pinto fit ce Voyage.