ErABLBSSE-
MENT FRAN-
Hofs DE PoN-DICHERVY.
1740.
34 DESCRIPTION DE LA
velle en chemin,& trouva tout le Pays ſoulevé contre les Maures. Plu-ſieurs petits Princes, qui portent le titre de Paliagares, ſe déclarèrent pourles Marattes, juſqu'à tenter de Penlever pour le livrer entre leurs mains.Il m'eut pas d'autre reſfource que de retourner à Trichenapaly& de s'y ren-fermer dans la Fortereſſe. Le Général des Marattes prit ſa marche versArcatte, dont il ſe rendit maitre ſans oppoſition. La Ville fut abandon-née au pillage& conſumée en partie par le feu(). Divers Décache-mens, qui furent envoyés pour mertre tout le Pays à contribution, firentSprouver de toutes parts'avarice& la cruauté du Vainqueur. C'eſt unancien ufage, parmi ces Barbares, que la moitié du butin appartienne àleurs Chefs. IIs exercerent toutes ſortes de violences, non-ſeulement con-tre les Mahométans, mais contre les Gentils mêmes, qui avoient imploréleur fecours,& qui les regardoient comme les Protecteurs de leur Religion.Ils portent avec eux des chaiſes de fer, ſur leſquelles ils attachent nuds,avec des chaines, ceux dont ils veulent découvrir les treſors;& mettantje feu deſſous, ils les brülent juſqn'a- ce qu'ils ayent donné tout leur bien.On ne s'imagineroit point combien ils firent périr'Habitans par ce cruelſupplice, ou par le poignard, qui les vengeoit de ceux qui mavoient rienà jeur offrir. Tous les lieux qui eſſuyèrent leur fureur ont été preſqu'en-tieérement détruits; ce qui a fait un tort extréme aux Manufactures detoile, dans un Pays ou la plapart des Gentils exercent le métier de Tiſſe-rands, dans lequel ils excellent.
DAncATrE les Marattes allérent ſe préſenter devant Velour, Villeconſidérable, défendue par une Citadelle tres-forte, btie de pierres detaille avec une double enceinte. Ses baſtions ſont dispoſés réguliérement,& elle eſt environnée d'un large foſſé plein d'eau& de crocodiles; de- ſorteque ſans canon elle eſt imprenable. Comme les Marattes avoient laiſſé leurArtillerie au-dela des montagnes, ils ne s'y arrétèrent pas, mais ils mar-cherent du cêté de Pobur, petite Ville qui eſt le ſejour d'un Nabab. IIsla prirent& la pillerent. IIs en firent autant à Gingama, à TLirounamalei,à Cangibouram,& dans tous les Bourgs& les Villages où ils s'étendoient.Cependant ils ne mirent le feu qu'en peu- d'endroits,& ils ne tuoient d' Ha-bitans que ceux qui leur offroient de la réſiſtance, à'exception de quel-ques Chefs de Viſlages, qui expirèrent ſous les coups de fouet qu'on leurappliquoit, pour les forcer à découvrir ou étoient cachés les treſors ou au-tres effets. Quelquefois les Marattes mavoient pas la patience d' attendreque les femmes tiraſſent leurs anneaux d'or; ils les leur arrachoient, enleur déchirant le nez& les oreilles, où elles ont coutume de porter cesornemens. A Tirounamalei, ils firent dun ſeul coup un butin très-Confi-derable. Les Indiens croyant que les Marattes n'oſeroient approcher duTemple de leur Dieu Routren, ou Ieburen, y avoient tranſporté toutesjeurs richeſſes. Mais les pieux Ganimes ne ſe contentant pas d'emporter
tout ce qui s'y trouva d'effets, enlevérent encore les Danſeuſes conſa-crées
(s) Les Marattes, qui après leur victoire, y faire un grand butin. La garniſon de laS'toient amufés à partager les dépouilles des Ville ne 8 point à ſe défendre, dans lavaincus, arrivérent trop tard à Accatte, pour crainte d'et
re paſſée au fil de Tépée. R. d. E.