Band 
Tome quatorzième.
Seite
62
JPEG-Download
 

DE

Bonnes me-ſures de M. dela Bourdon-nals.

Ses vaſtesprojets.

62 DESCRIPTION DE 1. A

LE Gouverneur, de ſon côté, eüt l'attention d'avertir M. de la Bour-donnais du deſordre qui rèêgnoit dans la Ville. Quelques Soldats yvress'étoient mutinés,& couroient comme des furieux, en criant, qu'ii fal-loit plutõòt périr que de ſe rendre,& qu'ils ne ſe ſoucioient pas de mourir,pourvò qu'ils tuaſſent le Général Frangois. Cet avis engagea dix ou dou-ze Officiers de Marine à accompagner par-tout M. de la Bourdonnais, quidonna ſes premiers ſoins à s'aſſfurer ſa Conquéte, en pofant lui-même IlesGardes autour de la Place.

Ces précautions priſes, M. de la Bourdonnais ſe rendit à'Egliſe desCapucins, où toutes les Dames s'étoient refugiées,& attendoient leur ſortavéec des frayeurs inexprimables. Leur étonnement fut égal à leur crainte,lorſqu'en les abordant, M. de la Bourgonnais les pria fort poliment de re-tourner chez elles, en les aſſurant qu'elles ne ſeroient expoſées à aucuneſorte d'infulte;& pour leur ôter tout ſujet d'inquiétude, de la part desSoldats, il diſtribua les Officiers de manire qu'il y en eut un de logé danschaque maiſon. Enſuite ayant pris poſfeſſion du Gouvernement, dont ilfit remettre les clefs aux Commiſſaires, on alla à l'Egliſe des Capucins,où le Teæ Deum fut chanté au bruit de tout le canon de ſa Ville& des Vaiſ-ſeaux. Comme on m'avoit pas eu le tems de faire arreéter tous les Priſon-niers, M. de la Bourdonnais ordonna qu'on fit des patrouilles toute lanuit;& pour être plus ſeur de Fexécution de ſes ordres, il fit lui-mêmepluſieurs rondes.

IL reſtoit à rétablir dans Madras, l'ordre& l'abondance. Des le lende-main même de l'entrée de M. de la Bourdonnais, la Police y fut auffi bienobſervée que dans aucune Ville de Europe. Les Habitans furent desar-més,& les Soldats& Matelots Anglois envoyés Priſonniers à bord desVaiſſeaux. Débarrafſé de ces premiers ſoins, voici le plan de conduiteque forma le Sr. de la Bourdonnais, pour tirer un parti avantageux de ſaConquete,& pousr profiter de la ſupériorité que ſon Eſcadre lui donnoitdans U'Inde.

Coubz la Mougçon P'obligeoit de quitter la Côte à la mi-Octobre,&qu'il ne pouvoit plus reſter qu'environ vingt ou vingt- cing jours à Ma-dras, il conſidéra, que dans ce court eſpace de tems, il lui étoit impofſi-ble d'enlever toutes les marchandiſes,& tous les effets que renfermoit cet-te Ville. Il crut donc qu'il lui ſuffiſoit d'emporter en nature ce qui ap-partenoit à la Compagnie d'Angleterre; il eſpéroit y trouver dequoi char-ger deux ou trois Vaiſſeaux,& il comptoit comprendre tout le reſtedans le rangonnement. II ſe propoſoit d'envoyer aux Hles deux Vaiſ-ſeaux avec les effets de Madras; deux chargés, à Pondichery, de mar-chandiſes pour Europe,& deux autres deſtinés à porter des vivres. Cesſix Vaiffeaux rendus aux Iles y devoient attendre au Port'arrivée duSr. de la Bourdonnais,& leurs Equipages auroient ſervi à défendre lesIles en cas d'attaque. Pendant ce tems M. de la Bourdonnais projettoit dereſter dans l'Inde avec ſept gros Vaiſſeaux, auxquels devoient ſe joindretrois Btimens qu'il avoit fait armer aux Hles,& qui arrivèrent, en effet,à Pondichery, au commencement d'Octobre. H avoit encore une priſe,

quĩ