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Tome quatorzième.
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PRESQUISLE EN DECgCADU GANGE, Lrv. III. 147

'Inde: l'Edifice en eſt magnifique, fort élevé,& d'une tres-vaſte en-ceinte. Ce Pagode eſt encore conſidérable par le nombre de Pélerins quis'y rendent de toutes parts, par l'or, les perles& les pierreries dontil eſt orné: il donne ſon nom à la grande Ville qui lenvironne,& à toutle Royaume. On le découvre en Mer de dix à douze lieues, quand letems eſt ſerein. Tachard auroit fort ſouhaité de s'inſtruire par lui-mêmedes particularités qu'on en raconte; mais on lui dit que'entrée n'en étoitpermiſe qu'aux Idolatres. Les Maures mêmes n'oſent en approcher; oneſt ſur-tout en garde contre les Frangois.é IIl paſſe pour conſtant, dit-il,qu'un Frangois déguiſé, trente ans auparavant, s'étant gliſſé dans leTemple, y enleva, pendant la nuit, un gros rubis, d'un prix ineſtimable,qui formoit un des yeux de l'Idole.„ CE Temple eſt fur- tout célebre par ſon ancienneté. L hiſtoire deſon origine eſt ſinguliere. La tradition du Pays apprend, qu'après unouragan des plus furieux, quelques Pécheurs Ourias trouvérent ſur laplage, qui eſt fort baſſe, une poutre, que la Mer y avoit jettée; elleStoit d'un bois particulier,& perſonne n'en avoit vü de ſemblable: ellefut deſtinée à un ouvrage public,& ce ne fut pas ſans peine qu'on latraina juſqu'à la premiêre Peuplade, où l'on bàtit enſuite la Ville de Ja-grenat. Au premier coup de hache qu'on lui donna, il en ſortit un ruiſ-ſeau de ſang. Le Charpentier interdit, cria aufſi- têt au prodige; lePeuple y accourut de tous cõtées,& les Brames, encòre plus intéreſſésque ſuperſtitieux, ne manquerent pas de publier que c'etoit un Dieu,qui devoit etre adoré dans le Pays. On voit au Pegu& à Tenaſſerimquantité d'arbres d'un bois rouge. Quanqd il n'eſt pas coupé dans la bon-ne ſaiſon, ſi on le laiſſe longtems au Soleil, ilne manque pas d'être ron-gé en dedans par les vers, qui creuſent juſqu'au cqœur du bois. Qu'onle jette enſuite dans l'eau, il en eſt bien-têòt abbreuvé; il s'y fait des ré-ſervoirs,& Feau en fort en abondance lorſque la hache pénétre un peuavant. Ainſi il n'y avoit rien que de naturel dans cette eau rougie; maisles IHdolätres, abufés par leurs Brames, étoient ravis d'y trouver du pro:.dige. On en fit donc une ſtatue de cinq à ſix pieds de hauteur, maistrés/ informe& qui repréſente plutòt la figure qun ſinge que celle d'unhomme: ſes bras ſont étendus& trongçonnés un peu plus bas que lecou-de; apparemment parce qu'on a voulu faire la ſtatue d'une ſeule piéce;car on ne voit point de ſtatues mutilées dans'Inde,& elles paſſent dansFeſprit de ces Peuples pour monſtrueuſes.„ On ne ſauroit croire la foule& le concours des Pélerins qui viennentà Jagrenat de toute IInde, ſoit en-degà, ſoit en-delà du Gange. Letribut qu'on tire de ces Pélerins eſt un des plus grands revenus du Rajade cette Ville. En y entrant on paye pour lui trois roupies aux Gardesde la porte. Avant que de mettre le pied dans l'enceinte du Temple,il faut préſenter une roupie au principal Brame: c'eſt la moindre taxe5 les plus pauvres ne peuvent pas ſe diſpenſer de payer. Les richesdonnent des ſommes conſidérables,& il y en a eu qui ont payé plus dehuit mille roupies. Les Gentils des Cotes de Gergelin& d'Orixa ont.„ Con-

DEschIPTIONDE LA COrEDE Cono MAN-DEL,

Hiſtoire deſon origine.