DANS L'ARABIE HEUREUSE, Lrv. III. 1599
1709, les deux Vaiſſeaux mouillèrent prés d'une pointe avancée, qui for-me, du côté du Nord, la moitié du Port de Mocka. Elle eſt déefendue parun Fort, au-deſſous duquel on trouve ſix braſſes d'eau, fond de fable& peude rocaille. Le Port eſt formé par deux langues de terre, qui ſe recour-bent en maniére d'arc, repréſentant parfaitement une demie-lune. Surles deux pointes ſont ſitués deux Forts, qui en déefendent l'entrée;& cetteentrée, qui n'a pas mains d'une lieue de large, d'un Fort à l'autre, formeune ſorte de Rade, où les grands Vaiſſeaux ſont obligés de mouiller, par-ceque le reſte du Port manque de profondeur.
Aussr-rôr que les Frangois eurent jetté leurs ancres, ils virent arborer,ſur chacun des deux Forts, un Pavillon rouge en pointe, chargé de troiscroiſſans,& d'une figure en fautoir(q). Quoique fort éloignés de la Vil-le, ils remarquerent aufſi le Pavillon Hollandois, que le Directeur de cetteNation avoit fait élever ſur une terraſſe, pour faire honneur à la France;& un autre Pavillon, ſemblable à ceux des Forts, fur une Batterie de ca-non, qui eſt prèês de la Maiſon du Gouverneur. Ils faluérent de ſept coupsde canon, auxquels on répondit de cinq coups, de la Batterie de la Ville.Une Barque, avec Pavillon& flamme, amena auſſi-têt à bord l'Emir-el-Bar, ou le Capitaine du Port, vêtu d'une étoffe verte, pliſſée, à largesmanches pendantes, de la forme d'un froc monaſtique, avec une eſpèce deſoutane par-deſſous. II étoit accompagné d'un Interprêete Banian, qui par-loit la langue Portugaiſe,& qui étoit vetu de blanc, avec une belle cein-ture brodée& une écharpe de ſoye ſur Pépaule;& d'un Hollandois duComptoir, vétu à la Turque, qui parloit la langue Franque. L. Emir-el-Bar étoit chargé d'une Lettre du Gouverneur, qui invitoit les Frangois àdeſcendre avec confiance. Deux Miſſionnaires Récolets, Italiens, quiétoient ſoufferts dans la Ville, leur écrivirent en Latin, pour les féliciterde leur arrivée. Enfin, tout paroiſſant ſi favorable à leur deſcente, que leGouverneur propoſoit même de leur faire une entrée ſolemnelle, commeaux premiers Officiers de leur Nation qui fuſſent arrivés dans ſon Gouver-nement, les deux Commandans ſe rendirent au Quai du Port, où ils trou-vêrent douze chevaux bien équipés,& deux cens Soldats avec des Timba-liers à leur téte. IIs furent conduits au Palais du Gouverneur;& les expli-cations ſe firent de ſi bonne grace, que dées les premiers jours, on conclutun Traité, par lequel toutes les conditions& les droits du Commerce fu-rent règlés à trois pour cent(r).
L.Es Hollandois étoient la ſeuſe Nation de Europe, qui fut alors établieà Mocka. IIs y avoient un riche Comptoir, où leur Compagnie envoyoit,tous les ans, un Navire de ſept cens tonneaux, paur charger du Caffé&d'autres marchandiſes de Arabie, qu'ils tranſportoient dans leur Magaſingénéeral de Baravia,& de-là, en Europe, ou dans lInde mêéme. L. a Villede Mocka(x) n'eſt pas ſi conſidérable que celle d'Aden; mais elle cſt de-
Venue
(4) Cette figure eſt celle de la fameuſe épée(4) A quatre-vingt-huit degrés trente mi-
d'Aly, gendre de Mahomet; épée à deux lames, nures de longitude,& quatorze degrés dequi ſe nomme Zulſicar. latitude, ſuivant Ptoloméc.
(1) LAuteur en repporte tous les articles, Meta. Le même Géographe fait mention
pag. 99& ſuivantes. d'une autre Ville de l'Arabie pétrée, connueſous
VovAc- DEL'AaAbIE
HEUREUSY.1709.
Réceptiondes Frangçois àMocka.
Deſcriptionde Mocka.