DANS L'ARABIE HEUREUSE, Lrv. III. 161
nôtre. Aprés les pluyes, la terre ſe couvre d'une croute de ſel. AuſfCelui qu'on employe dans le Pays, ſe fait-il preſque ſans travail, par lemoyen des foſſes& des rigoles qui regoivent l'eau de la Mer. II y devientſi dur, qu'on ne peut l'en tirer qu'à coups de pic.
Icr'Auteur, etendant ſes obſervations, entreprend de faire mieux con-noütre un Pays d'où vient le Caffé; cette plante ſi chérie, dit-il,& queFon y vient chercher de ſi loin. Perſonne n'ignore que l'Arabie en généralcomprend cette vaſte Contrée, qui s'étend, depuis le Détroit de ſa Merrouge, juſqu'au Sein Perſique,& depuis l'Ocean Oriental, ou la grandeMer des Indes, juſqu'aux frontières de la Syrie, de la Paleſtine& de'E-gypte, formant ſa plus grande Preſqu'lſle du Monde connu. On n'ignorepas non plus la diviſion ordinaire de ce grand Pays, en Arabie Déferte,Pétrée& Heureuſe. Mais il eſt partagé, d'ailleurs, en diversRoyaumes,dont les noms nous ſont moins familiers,& poſſédés juſqu'aujourd'hui pardes Rois ou des Princes particuliers, qui ne dépendent, ni du GrandSeigneur, ni du Roi de Perſe. Le plus conſidérable eſt celui d'Tzmen. IIcomprend la plus grande partie de l'Arabie heureuſe. Ce Royaume s'é-tend, du côté de I'Orient, le long de 1'Ocean, depuis Aden juſqu'au Capde Raſalgat, c'eſt-à-dire, d'un Golfe à l'autre. Une partie de la Merrouge le borne du côté du Couchant& du Midi;& ſes limites, au Nord,ſont le Royaume de Hidgias, qui appartient au Cherif de la Mecque.
LE ſeul Yemen, à l'excluſion de toutes les autres Régions de l'Arabie,produit l'arbre du Caffé. Encore ne ſe trouve-t'il en grande abondance quedans trois Cantons principaux; ceux de Betelfaguy, Senan ou Sanaa,&Galbany, qui tirent leurs noms de trois Villes des montagnes. Tout ce quis'étend le long de la Mer n'eſt qu'une mauvaiſe Plage, ſéche& ſtérile, quia, dans quelques endroits, juſqu'à dix ou douze Hieues de largeur, maisqui eſt bordée en revanche par ces mêémes montagnes, où l'on trouve,avec le Caffé, quantité d'autres arbres, diverſes fortes de fruits„& de l'eaufort faine, avec une fraicheur agréable& un printems preſque continuel.
Ox peut charger, au Port d'Aden, du Caffé de Sanaa& de Galbany, quimen ſont pas fort éloignés: mais il eſt moins eſtimé que celui de Betelfaguy.Cette raiſon, joint à eſpérance de le trouver moins cher à Mocka, n'avoitpas permis aux Frangois de s'arrêter dans le premier de ces deux Ports. Apeine eurent-ils conclu leur Traité avec le Gouverneur du ſecond, qu'ilsallérent établir, à Betelfaguy, une Loge pour leur Commerce,& pourfaire tranſporter le Caffé, par Terre, de cette Ville à Mocka. Betelfaguyeſt éloigné de ce Port, d'environ trente-cinq lieues, en tirant vers le fondde la Mer rouge, dont il n'eſt qu'à dix lieues o). On fait le Voyage en deuxpetites journées, pendant leſquelles on ne ceſſe point de côtoyer les mon-tagnes;& vers les deux tiers du chemin, on rencontre une Ville ,nomméeZebit, ou Zebida, qui paroit avoir été conſidérable, mais qui eſt fort dé-pourvüe d'eau, quoique pluſieurs Géographes y placent une Riviéère. Ce-pendant, il eſt vrai que ſur toute cette route, on trouve divers petits ponts,qui ſervent à paſſer les ruiſſeaux, ou plutòt Ies torrens, qui deſcendent en
certains
(y) Ceſt-A-dire l'enfoncement ou le golfe que la Mer rouge forme ſur cette Cote. R. d. E.
AITV. Part.
VoY4cE DEL'AnABIEHEUREUSE.1709.
Obſervationsgénérales ſun
„'Arabie
NemenFule partie de„'Arabie quiproduiſe leCaffé.
Différencede bonté dans
le Caffé.
Ville de Betelfaguy& ſadeſcription.