PAR 1LE SUD-OUES T, Lrv. IV. 217
ulors aſſiégée par les mêmes Indiens. Les vivres y manquoient. On yavoit déja mangé juſqu'aux chevaux,& quantité d'Eſpagnols y étoientmorts de faim. Ces triſtes nouvelles étant les dernieres qu’'on en avoit re-gues, il y avoit beaucoup d'apparence que les Indiens étoient Maitres dela Place(t).
SANTAvAIL racontoit que ces Indiens ſont guerriers. IIs ſe ſervent, avecbeaucoup d'adreſſe, de leurs chevaux& de leurs lances. Leur haine étoitſi vive pour les Eſpagnols, qu'apreès les avoir tués, ils leur ouvroient P'eſto-mac& leur mordoient le cœur. IIs ne manquoient pas de leur öter auffi lecrane, quw'ils faiſoient ſervir de taſſe pour boire entr'eux. Lorfqu'ils a-voient pris Baldivia, ils y avoient brlé les Maiſons, les Egliſes& les Ima-ges. IIs coupoient la téte aux Préetres, en diſant:„Les Dieux des Eſ-„ Pagnols touchent à leur fin’“. IIs prirent de l'or, dont ils remplirent labouche de quelques Officiers maſſacrées.„Nation avare, leur diſoient-ils,„ raſſaſiez-vous à préſent de ce métal, pour lequel vous nous avez tant„ fait ſouffrir,& dont vous n'avez jamais été raſſaſiés“. Apréès s'etre ſou-levés,& lorſqu'il fut queſtion d'élire entr'eux un Chef pour les commander,ils prirent une groſſe poutre,& tour-à-tour chacun la chargea ſur ſes épau-les. Celui qui la ſoũtint le plus long-tems obtint la préférence. Pluſieursréſiſterent au fardeau pendant cinq& ſix heures: mais il sen trouva un quiſoũtint vigourenſement pendant vingt-quaties Heures entieres,& le choixtomba ſur lui(v).
ENTRE les événemens les plus ſinguliers de ce Voyage,’'Auteur obſervequ'en haute Mer, plus de huit jours apréès avoir quitté Puerto-Lagnaſco,les Vaiſſeaux Hollandois ſe trouvérent dans un air ſi épais, qu'on ne pou-voit voir au- delà d'un jet de pierre;& ce qu'il y eut d'étrange, les habitsdes Matelots parurent couverts d'une poudre auſſi blanche que de la farine.Le Pilote Eſpagnol les aſſura que ce phenoméne étoit ordinaire dans cetteMer,& que les lieux, où il arrivoit, ſe nommoient Arenales, ou Paragerſabloneux. IIl dura tout le jour(x).
LE 25 d'Avril, lorſqu'on croyoit devoir beaucoup de reconnoiſſance auxinformations volontaires de Santaval, un des Eſclaves Negres, qu'on avoitretenus avec lui, déclara que dans le Vaiſſeau le Buon-Jeſas, ſur lequelde Noort avoit mis un Capitaine Hollandois, il y avoit eu trois tonneauxpleins d'or, qu'il avoit aidé lui-même à charger;& que, pendant qu'onlui donnoit la chaſſe, le Capitaine d'Ivara les avoit fait jetter dans les flots,pour dérober ces précieuſes dépouilles à la Flotte Hollandoiſe. Auſſi-tôtles civilités, qu'on avoit eues pour le Pilote, furent changées en menaces.Il refuſa d'abord l'aveu qu'on lui demandoit; mais ayant eté mis à la tortu-
re, avec un Eſclave Néegre, ils confeſſèrent tous deux, que le VaiſſeauEſpagnol avoit, à bord, cinquante-deux petites caiſſes remplies d'or, cha-cune de quatre Arrobes, avec cing cens barres d'or, du poids de huit, dix,& douze livres, qui faiſoient en tout dix mille deux cens livres d'or,& quele Capitaine avoit fait jetter toutes ces richeſſes dans la Mer, ſans aucune
exception.
(t) Pag. 64.(*) Pag. 65.(x) Pag. 66.
8.
OLIVIER DENooRr.1600.
Poudreblanche enhaute Mer.
Richeſſesjettées dans laMer, pour enpriver le 8Hollandois.
Déclarationsarrachées parla torture.