KEMPFER.
169 I.
Les Hol-landois arri-vent à Jedo.
Leurs pre-
22g vONYAGE DE KEMPFER
Aprés avoir fait environ trois quarts de lieue dans cette rue, les Hollan-dois y'arrétérent dans une hötellerie, ou la pleine vqe de la Ville,& deſon Havre, qui eſt ordinairement rempli d'une multitude de Bâtimens, detoutes ſortes de grandeur& de figure, offre une des plus belles perſpecti-ves du Monde. On leur dit que la beauté de ce ſpectacle attiroit ſouvent,dans le méême lieu, des perſonnes d'une condition diſtinguése. II leur reſ-toit un quart de lieue, pour arriver à'entrée du Fauxbourg de Jedo, quimweſt qu'une continuation de Sinagava, dont il eſt ſéparé par un ſimpleCorps-de-garde. La Mer, en cet endroit, s'approche ſi fort de la colli-ne, qu'il n'y a qu'un rang de maiſons entre la colline& le chemin. II rê-gne quelque-tems le long de la Cote; mais venant enſuite à s'elargir, 1forme pluſieurs rues irréguliéres, d'une longueur conſidérable. Après unedemie heure de marche, la beauté des rues, qui deviennent plus larges&plus uniformes, la foule du Peuple,& le tumulte, firent comprendre auxHollandois, qu'ils étoient entrés dans la Ville. Ils traverſéerent un mar-
mieres obſer- ché, d'où prenant par une grande rue, qui coupe un peu irréguliérement
vations.
edo du Sud au Nord, ils paſſérent pluſieurs ponts magnifiques, entre leſ-quels ils en diſtinguerent un de quarante-deux braſſes de longueur, célébre,parcequ'il eſt le centre commun d'où l'on meſure les chemins& la diſtancedes lieux dans toute l'étendue de l'Empire. IIs virent pluſieurs rues, qui
aboutiſſent à la grande;& leur admiration fut particulieérement excitée parla foule incroyable du Peuple, par le train des Princes& des Grands, qu'ils
ne ceſſoient pas de rencontrer,& par la riche parure des Dames, qui paſ-ſoient continuellement dans leurs chaiſes& leurs palanquins. IIs ne ſelaſſoient pas de voir auffi, la variété des boutiques qui bordent les rues,&P'étallage de toutes fortes d'échantillons& de modèles, avec un drap noirſuſpendu, pour la commodité, ou pour le faſte. Is ne s'appergurentpoint, comme dans les autres Villes, que perſonne eüt la curioſité de les
voir paſſer;„ apparemment, obſerve Knmpfer, parcequ'un ſi petit train
Rigueuravec laquelleils ſont trai-tés.
„ n'avoit rien d'admirable pour les Habitans d'une Ville ſi peuplée, ſéjour„d'un puiſfant Monarque, ouù l'on eſt accoutumé à des ſpectacles plus pom-8 hg 8 18 plus pom.eux". La marche fut d'une lieue entiére, dans la grande rue, juſqu'à
„„ PPhötellerie ordinaire de la Nation Hollandoiſe.
LAMBAsSsaDEUR fit donner avis de ſon arrivée aux Miniſtres des affairesétrangères. Le premier ordre, qu'on Iui fit ſignifier, fut de ſe tenir ren-
fermé dans ſa chambre, lui& tous ſes gens; avec défenſe, au Bugio, de
laiſſer approcher d'eux d'autres Japonois que leurs Domeſtiques. Kæmpfermurmure un peu de cette rigueur.„ On devoit croire, dit-il, nos appar-temens aſſez éloignés de la rue, puifque c'étoit le plus haut étage du der-riére de la maiſon, ou il n'y avoit d'entrée qu'un paſſage étroit, qu'onauroit pü fermer à la clef, ſi cette précaution avoit paru néceſſaire.
y avoit deux portes, Pune en bas& autre au haut de l'eſcalier;& leschambres étoient fermées de trois côtés. La mienne n'avoit qu'une ſeu-je fenêtre étroite, au travers de laquelle j'avois aſſez de peine à voir le
Soleil en plein midi(5)”. 5
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(r) Ibid. pag. 86.