DANS LEMPIRE DU JAPON, Ltv. 1v. 303
ou nous attendtmes un quart d'heure. Enſuite, traverſant pluſteurs au-. Kamtrra.tres galeries, nous arrivames dans une grande chambre„ 0òà l'on nous 1691.„ Pria de nous aſfeoir. Pluſieurs hommes rafés, qui étoient les Médecinsde IEmpereur, des Officlers de Cuiſine& des Eccléſiaſtiques, vinrentnous demander nos noms& nôtre age. Mais on tira bien-tôt des para-vents devant nous, pour nous délivrer de leurs importunités. Nous paſ-„ fmes une demie heure dans le même lieu. On nous conduitfit enfuite„ par d'autres galeries plus obſcures, qui étoient bordées d'une file non in-„ terrompue de Gardes du corps. Après eux, plus prés de l Appartement„ de'Empereur, la file étoit continuée par pluſieurs grands Officiers de la„ Couronne, qui faiſoient face à la falle où nous étions attendus. Ces Of-„ ficiers avoient leurs habits de cérémonie, étoient aſſis fur leurs talons,&„ la téte courbée. L a falle conſiſtoit en divers compartimens, qui regar-„ doient vers eſpace du milicu, dont quelques- uns étoient ouverts,& les„autres fermés par des paravents& des jalouſies. Les uns étoient de quin-„ 2e nattes, d'autres, de dix-huit,& d une natte plus hauts ou plus bas,„, ſuivant la qualité des perſonnes qui les occupoient. L'eſpace du milieu„ Etoit ſans nattes,& par conſéquent le plus bas, parcequ'on les en avoit„ Otges. Ce fut ſur le plancher de cet eſpace, qu'on nous ordonna de nous Commeht„ aſſeoir. L'Empereur&'Impératrice etoient afſis à nôtre droite, derrie- on les plac„ rée des jalouſies. J'eus deux fois Poccaſion de voir'Impératrice, au tra- 818 8„ vers des ouvertures. Elle me parut belle; le teint brun, les yeux noirs ö 788„& pleins de feu; ſon àge d'environ trente-ſix ans;& la proportion de ſa„ téte, qui&toit aſſez groſſe, me fit juger qu'elle étoit d'une taille fort„ haute. Jentends, par le nom de jalouſies, une ſorte de tapiſſerie très-fine, compoſée de roſeaux fendus& revêtus par derriere d'une ſoye tranſ-„ Parente, avec des ouvertures, de la largeur de la main, qui lalſſent un„ Pafſage libre aux regards. On les peint de diverſes figures, pour Porne-„ ment, ou plutêt, pour mieux cacher ceux qui font derriére: quoiqu'in-„ dépendamment des peintures, il foit difficile de voir les perſonnes d'un„ peu loin, fur-tout ſi le derrière n'eſt point éclairé.
„ LEMPEREUR lui-même éCtoit dans un lieu ſi obſcur, que nous aurions Manière„ eu peine à l'appercevoir, ſi ſa voix ne l'eüt fait découvrir. II parloit dont Empenéanmoins ſi bas, qu'il ſembloit vouloir garder'incognito. Les Prin- reur& les„ Ceſſes du ſang& les Dames de la Cour ctoient vis-à-vis de nous, der- een g8„ riére d'autres jalouſies. Je m'appergus qu'on y avoit mis des cornets de-„ Papier, entre les cannes, pour clargir les ouvertures,& rendre le pafſa-„ ge plus ſibre à la vqe. Jje comptai environ trente de ces cornets; ce„ qui me fit juger que les Dames étoient au même nombre. Makino„ Bengo étoit afſis ſeul, ſur une natte élevée, dans un lieu découvert à„ nôtre droite, c'eſt-à-dire du côté de IEmpereur. A nôtre gauche, dans„ un autre compartiment, étoient aſfſis les Conſeillers d'Etat, du premier„& du ſecond Ordre. La galerie, derriére nous, s'étoit remplie des„ Principaux Officiers de la Cour& des Gentilshommes de la Chambre Im-„ Périale. Une autre galerie, qui conduiſoit au compartiment de l'Empe-„ reur, étoit occupée par les enfans des Princes, par les Pages de Sa Ma-„ jeſté,& par quelques Préetres„ qui ſe cachoient pour nous obſerver.
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