DgschrmrroxDu JAFoN.
IIs s'Cta-hliſſent à Nan-gaſaki.
Jalouſie desJaponois.
Saiſie dequelques Li-vres Chré-tiens, quiFaugmente.
Coups por-tés au Com-merce desChinois.
396 VOYAGE DE KEMPFER
vers rapports entre les deux Nations, tel que celui du Langage ſcavant, dela Religion, des Sciences& des Arts, leur avoient toüjours fait obtenirun accueil favorable.
ANxcIENNEMENT ils fréquentoient le Port d'Oſacka, qui eſt dangereuxpar ſes rochers& ſes bas-fonds,& quelques autres lieux qui ne ſont pasplus fürs pour la Navigation. Enſuite les Portugais leur montrêrent le che-min du Port de Nangaſaki. Ce fut, vers le même-tems, que l'Empereurdu Japon nomma Nangaſaki, pour le ſeul Port de ſes Etats, qui ſeroit de-ſormais ouvert aux Etrangers. Alors pluſieurs Chinois prirent le parti des'y fixer;& non-ſeulement ceux qui n'avoient pas quitté leur Patrie, maistous les autres, qui ſe trouvoient diſperſés dans les Pays voiſins& dansles Hles à PEſt du Gange, y vinrent trafiquer pour leur compte, ou pourceux qui les employoient. Ils jouirent pendant quelque-tems d'une heu-reuſe liberté,& leurs Jonques y venoient en fort grand nombre. Danscet intervalle ils bätirent trois Temples à Nangaſaki, pour y exercer libre-ment leur Religion. Mais la quantité de leurs Jonques, qui ſe multiplioientde jour en jour,& dont chacune n'avoit jamais moins de cinquante hom-mes à bord, excita bien-tôt la défiance des Japonois. Outre le motif duCommerce, les plus riches perſonnes de la Chine venoient au Japon pours'y livrer à la débauche des femmes, qui eſt ouvertement permiſe(z).On fut ſurpris d'y voir aborder un jour, des Mandarins Tartares, avec unepetite Flotte de ſix Jonques. Le Gouvernement les obligea de mettre à lavoile, apreès leur avoir fait déclarer qu'on ne vouloit pas, dans le Pays,d'autres Commandans& d'autres Seigneurs que ceux de la Nation. Desſoupgons ſi vifs menagçoient les Chinois de quelque changement. En effet,aprés l'expulſion des Portugais, on apprit bien-têt, au Japon, que les Jéſui-tes avoient été regus& traités favorablement à la Cour du Monarque Tar-tare de la Chine;& que ce Prince leur avoit accordé la liberté de précher'Evangile dans toute l'étendue de ſes vaſtes Etats. En méême-tems, lesJaponois ſaiſirent, à l'entrée de Nangaſaki, quelques Livres qui regardoientſe Chriſtianiſme,& que les mêmes Miſſionnaires avoient fait imprimer àla Chine, en langage du Pays. Cette découverte leur fit craindre que laFoi Chrétienne, dont Pextirpation avoit coftté tant de ſang, ne rentràt in-directement dans leurs Ifles. IIs ſoupgonnèrent les Marchands, qui avoientapporté ces Livres entre pluſieurs autres, d'avoir du moins quelque pen-chant pour la Religion proſcrite. Cette raiſon, fortifiée par Parrivée desMandarins Tartares& par l'accroiſſement continuel des Chinois, fit pen-ſer la Cour à reſſerrer leur Commerce dans des bornes plus étroites. Ellecommenga par le réduire à la ſomme annuelle de ſix cens mille taels, ou,ſuivant la manière de compter des Hollandois, à vingt& une tonnes d'or,
ui font à peu-prês le double de celle, où le Commerce Hollandois étoitdeje réduit. Elle ordonna que les marchandiſes, qui devoient monter àcette ſomme, ſeroient apportées par ſoixante-dix Jonques au plus, ſuivantla diſtribution qu'elle en fit elle-meme; dix-ſept Jonques de Nankin; cinqde la Ville& de la Province de Canton; cinq de Nefa; quatre de Sintsjeu;quatre
(2²) Voyez, ci-deſſus, le Paragraphe des Mœurs.