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Tome quatorzième.
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DANsS LUEMPIRE DU JAPON, Lrv. IV. 412

bordés de précipices, inſpirent une véritable horreur, qui fait frémir lesplus intrépides. On ajoũte que ces Conducteurs ont de fréquens entretiensavec les Démons. Enfin tout ce qu’'on en raconte les feroit plutôòt re-garder comme des Eſprits infernaux, que comme des hommes. IIs paſ-ſent néanmoins pour les Confidens de Xaca,& pour des Saints d'un Or-dre diſtingué.

L'AuroRIrt qu'ils prennent ſur les Pélerins ne peut étre congue que parles effets. Ils commencent par les avertir d'obſerver exactement le jeũne,le ſilence,& toutes les rêgles établies; après quoi, pour la moindre faute,ils prennent le Coupable, ils le ſuſpendent par les mains au premier arbre,& ly laiſſent expoſé au plus affreux deſeſpoir. Dans cette ſituation, unMalheureux, à qui la force manque bien-tôt pour ſe ſoũtenir, tombe,&roule de précipice en précipice. Les Spectateurs n'oſent pouſſer la moin-dre plainte. Un fils qui pleureroit ſon pêére, un pêre qui donneroit le moin-dre ſigne de compaſſion pour ſon fils, recevroit le même traitement.

VERS la moitié du chemin, on arrive dans un champ où les Bonzes fontaſſeoir tous les Pélerins, les mains en croix,& la bouche collée ſur leursgenoux. C'eſt la poſture ordinaire des Japonois pendant leurs priéres. IIfaut demeurer dans cette poſture, Peſpace de vingt-quatre heures. Degrands coups de bàton puniroient le moindre mouvement. Tout ce temseſt deſtiné à faire'cxamen de ſa conſcience, pour ſe diſpoſer à la confeſ-ſion de tous les péchés où Fon eſt tombé depuis le dernier Pélerinage. A-prêès cette préparation, toute la troupe ſe remet en marche. En appro-chant avec de nouvelles peines, on découvre un cercle de hautes monta-gnes, aſſez proches les unes des autres, au milieu deſquelles s'éléve un ro-cher eſcarpé, qui ſemble ſe perdre dans les nues. Au ſommet de ce rocher,qui eſt le terme du Pélerinage, les Guoguis ont dreſſé une machine, parlaquelle ils font ſortir une longue barre de fer, qui ſoũtient une balancefort large. IIs placent les Pélerins, l'un après lautre, dans un des plats dela balance, en mettant, dans l'autre, un contrepoids pour'équilibre. IIspouſſent enſuite la barre en dehors;& le Pélerin ſe trouve ſuſpendu au-deſſus d'un profond abime. Tous les autres ſont aſſis ſur la croupe desmontagnes d'alentour, d'ouù ils peuvent voir ce Malheureux pénitent, quidoit déclarer, à haute voix, tous ſes péchés. Si les Bonzes croyent s'ap-percevoir qu'il ne s'explique pas nettement, ou qu'il cherche à déguiferſes fautes, ils ſecouent la barre,& ce mouvement le fait tomber dans unprécipice, dont le ſeul aſpect eſt capable de troubler ſa vüe& ſa raiſon.Auſſi-têt que l'un a fini, un autre prend ſa place. Lorſqu'ils ont tous paſſépar une ſi dangereuſe épreuve, ils ſont conduits dans un Temple de Xa-ca, où la Statue de ce Dieu eſt en or maſſif,& d'une grandeur extra-ordinaire; environnée de pluſieurs petites Idoles, dont le nombre augmen-te chaque année. IIs y rendent leurs adorations à Xaca. Enſuite, ilsemployent vingt-cinq jours à faire diverſes ſtations autour des monta-gnes. De-là, prenant congé de leurs Directeurs, auxquels chacun don-ne la valeur de quatre écus, ils ſe rendent enſemble dans un autre Temple,qui eſt le terme de leurs devotions. IIs n'en ſortent que pour faire éclater

XIV. Part. Ggg leur

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