CIRISTOPHECoLOMB.
1492.
Colomb eſttrompé par lenom de Bo-hio.
Raiſons quilui font enle.ver quelquesIndiens.
Mer nomméeNueſtra Seno-ra.
Nourrituretevoltante.
Cours de lamarée.
Port delPrincipe, oùColomb élèveune Croix.
18 D NFHE9
on leur avoit fait comprendre qu'ils en trouvercient beaucoup dans Bobio, qu'on leur avoit montré à l'Eft,& dans un Pays qui ſe nommoit Cubannacan(r).
LAMIRAL fçut bien-tét que Cubannacan étoit une Province ſituée aumilieu de l'Ifle, parce qu'il ne fut pas long-tems à reconnoitre que Nacan,dans la Langue du Pays, ſignifioit le milieu: mais il n'apprit que dans la
fuite la ſigmfication de Bohio, qui éroit moins le nom d'un lieu particulier,
que celui de toute terre oùð les Maiſons& les Habitans ſont en grandnombre. Cependant Peſpérance de découvrir une Région, dans laquelleon lui promettoit qu'il trouveroit beaucoup d'or, l'obligea de partir, avecpluſieurs Indiens de Cuba, qui s'offrirent à lui ſervir de guides. Il acceptad'autant plus volontiers leurs offres, que, dans la multitude de ceux quiconfentoient à le ſuivre, il pouvoit s'en trouver un qui apprit la LangueCaſtillane avec plus de facilité que les autres;& chaque inſtant lui faiſoitſentir importance de ce ſecours: ſans compter que, dans le deſſein qu'ilavoit d'en tranſporter pluſieurs en Eſpagne, il vouloit qu'ils fuſſent de di-vers Pays, pour rendre un témoignage plus certain du nombre& de la va-riété de ſes découvertes(C). Il en prit douze, d'àge& de ſexe différens.Les vents, qu'il trouva contraires en quittant Baracoa, Pobligèrent de ſe re-tirer dans un autre Port de la même Ifle, qu'il nomma le Port du Prince.Cette Mer regut le nom de Mieſtra Senora. Tous les Canaux, qu'elle formeentre les Ifles, ſe trouvèrent fort profonds;& les rivages étoient couvertsd'une verdure charmante, qui formoit un délicienx ſpectacle pour les Caſtil-lans. Quoique les petites Ifles ne fuſſent pas peuplées, on y voyoit, detoutes parts, des feux de Pêcheurs. Les Matelots des Caravelles y paſſoè-rent dans leurs Barques;& leur étonnement fut d'abord extréme d'y voirmanger, aux Indiens, de grandes Araignées, des Vers engendrés dans unbois pourri,& des Poiſfons à demi cuits, dont ils avaloient les yeux crus:mais ne pouvant ſe perſuader que ce qui paroiffoir de bon goüt à des Créa-tures de leur eſpèce füt nuiſible pour d'autres hommes, ils ſe haſardèrent àſuivre Texemple des Sauvages,& perſonne ne s'en trouva plus mal. IIstuerent, à coups d'épée, un animal qui reſſembloit à nos Sangliers. En-tre pluſieurs Poiſfons, qu'ils prirent au filet, il s'en trouva un, de la formecun Pourceau, mais couvert d'une écaille fort dure. Les Nacres de perlesoffroient de toutes parts. LAmiral obſerva que l'eau croiſfoit& dimi-nuoit beaucoup dans cette Mer, ce qu'il attribuoit à la quantité d'Hles. Maisil lui parut plus difficile d'expliquer le cours de la marée, qyui étoit directe-ment Contraire à celle de Caſtille. Herrera lui fait juger que la Mer devoitetre plus baſſe dans cette partie du Monde; la Lune y ctoit au Sud-Eſtquartde. Sud(t)..
LE 19 de Novembre, après avoir fait élever une fort grande Croix àFentrée du Port del Principe, il remit à la voile, pour découvrir'Ille qu'’ilcherchoit encore ſous le nom de Bohio; mais il eut les vents à combattre,& la Fortune lui préparoit un chagrin beaucoup plus vif, qui fut d'appren-dre, le 21, que la Pinta s'étoit ſéparée volontairement de lui. Martin-Al-
fonſe
C(r) Herrera, Chap. 14.(4) Là meme, Chap. 15.(t) Ibidem.