Band 
Tome dix-huitième.
Seite
40
JPEG-Download
 

%/ E MIIxN SNGo YAGIS

au Sud que rannéé précedente, juſqu'au 24, qu'il crut avoir fait 450 lieues.La vüe d'une Hirondelle, qui sapprocha des Vaiſſeaux,& celle de quel-ques groſſes nuées, dont le Ciel étoit couvert, lui firent juger que la Ter-re ne pouvoit être éloignée. On cargua les voiles pendant la nuit. LeDimanche, 3 de Novembre, toute la Flotte découvrit une IHle, qui futnommée la Dominique(†). On en appergut pluſieurs autres(g) au Nord-Oueſt& au Nord,& P'odeur des fleurs& des herbes commengoit à ſe fai-re ſentir. LAmiral, craignant de prendre trop à'Eſt, fit gouverner direc-tement vers la ſeconde,& lui donna le nom de Marigalante, qui étoit ce-lui du Vaiffeau qu'il montoit. Il y fit deſcendre quelques Officiers, pouren prendre poſſeſſion. Le 4, il s'approcha d'une autre Iſle, qu'il nomma laGuadeloupe, comme il Tavoit promis, en Eſpagne, aux Religieux d'un Cou-vent de ce nom. A trois lieues de la Côte, on ne vit pas, ſans quelquefrayeur, un Rocher pointu& fort élevé, d'où ſortoit quantité d'eau, avecun ſi grand bruit qu'on l'entendoit à cette diſtance. Quelques Soldats,qui furent envoyés pour reconnoitre PIfle, n'y trouvéèrent d'abord qu'unpetit Village abandonné; mais ils furent ſurpris de rencontrer, ſur le Ri-vage, une pieéce de Navire, qui paroiſſoit un ouvrage de'Europe. IIs vi-rent, dans les Cabannes, des Oyes; des Perroquets de la groſſeur d'unCoq& de différentes couleurs, auxquels ils donnéèrent le nom de Guacama-Jas; quantité d'excellens fruits; des herbes extraordinaires; pluſieurs deces filets de coton, que les Indiens nommoient Hamacs„& qui leur ſervoientde lit, des arcs,& un grand nombre de fléches. Ce qui leur cauſa le plusd'étonnement fut une Pſaque, qu'ils prirent pour du fer, mais qui n'étoitque d'une pierre noire& luiſante,& qui ſervoit de foyer aux Habitans.Aprês avoir erré long-tems ſans en rencontrer un ſeul, ils revinrent àBord; mais Amiral, qui s'étoit propoſé d'emmener quelques- uns de cesInfulaires, pour en tirer diverſes lumiéres ſur les autres IHles,& ſur ſa rou-te, fit deſcendre, le lendemain, d'autres Soldats, qui lui amenêèrent deuxjeunes Gargons. On apprit d'eux quiils Stoient d'une IHle nommée Borri-quen,& que les Caraibes, Habitans de la Guadeloupe, les avoient enlevésde leur Patrie. D'autres Eſpagnols trouvérent ſix Femmes, qui leur de-umièeres mandèrent du ſecours, en leur faiſant comprendre, par des ſignes capablestire de de les attendrir, que les Habitans de l'Ifle mangeoient les hommes& te-6 noient les femmes dans Peſclavage. Elles furent menées à Bord avec deuxEnfans, apréès avoir fait connoitre qu'elles aimoient mieux s'abandonner àdes des hommes inconnus, que de demeurer expofées à la barbarie des Carai-bes. Elles firent entendre qu'il y avoit quantité d'Ifles, du côté du Midi;les unes peuplées,& d'autres déſertes, qui ſe nommoient Giaramachi,Cairoaco, Huino, Buriani, Arubeira, Sixiboi,& une Terre-ferme, qu'ellesappelloient Quarica; que le Roi de la Guadeloupe étoit allé courir les Iſlesvoiſines, avec dix groſſes Barques,& trois cens Indiens, pour enleverdes hommes;& que le ſort de ces malheureux Priſonniers étoit de ſervir à

la

diens de di-verſes Ifles.

(†) A cauſe du jour de Dimanche. II ne R. d. E.faut pas, comme quelques Auteurs, confon-(g) Herrera, ibid, Chap. 10,& Vie dedre cette Ifle avec celle de St. Domingue. Colomb, Chap. 48.