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rut charmé de ce compliment,& ſa joye ſe répandit auffi-tot dans ſonArmée. La plüpart de ſes gens, qu'il menoit combattre, malgré eux, desEnnemis, dont le nom& les armes les faiſoient trembler, ſe perſuadèrentſi volontiers qu'ils n'avoient plus rien à craindre, qu'on les vit courir auſſi-töt, comme de concert, au-devant des Eſpagnols. IIs les rencontrèrent àpeu de diſtance de la Nayva. De part& d'autre, on ſe donna des marqueséclatantes de bonne foi& d'amitié. Les Indiens ſe chargèrent du bagagede leurs nouveaux Alliés,& leur rendirent, pendant le reſte du chemin,toutes fortes de ſervices, juſqu'à les porter ſur leurs épaules au paſſage desRivièéres. A l'approche de Xaragua, grande Bourgade, oùs le Cacique te-noit ſa Cour,& d'où le Royaume tiroit ſon nom, on vit ſortir d'abord lesprincipaux Habitans, pour célébrer leur joye par des chants& des danſes.Enfuite trente Femmes, qui étoient celles du Cacique, parurent avec desRameaux verds à la main, couvertes de Pagnes fort blancs, depuis la cein-ture juſqu'à la moitié des jambes, danſant& chantant avec décence. El-les s'approchérent du Général;&, fléchifſant les genoux devant lui, elleslui préſentèrent leurs Palmes. Quantité d'autres Indiens, qui venoient a-pres elles, rendirent le méme hommage aà tous les Eſpagnols. L'Armée,conduite avec cette pompe, arriva au Palais de Bohechio, où elle trou-va un grand Feſtin, que ce Prince y avoit fait préparer, compoſé de Caza-bi, d'Ctias,& de diverſes ſortes de Poiſſons de Rivière& de Mer. Chacuneut ſon logement,& ſon Hamac garni de coton, avec des ornemens aſſezriches. Leé: lendemain, Bohechio,& la Princeſſe ſa Sœur, s'étant préſen-tés fort civilement à'Adelantade, lui propoſerent un Spectacle dans le goütde leur Nation. Deux Troupes d'Indiens, armées d'arcs& de fléches,s'approchérent Fune de l'autre en ordre de Bataille,& donnèrent une ima-ge de la méthode qu'ils obſervoient dans les Combats. Ce divertiſſementreſſembla d'abord aux Jeux de Cannes, dont Tuſage eſt commun en Eſpa-gne; mais les Combattans s'échauffèrent,& l'action devint ſi vive, qu'il yen eut quatre de tués. Le nombre des bleſſés fut plus grand,& n'auroitfait qu'augmenter, ſi les priéres de Colomb& des Caſtillans n'euffent arré-té un exercice d'autant plus dangereux, qu'il paroiſſfoit animé par la joye,ſans aucune attention pour les bleſſés& pour les morts.
ArREs ces rejouiſfances, l'Adelantade repréſenta au Cacique& à ſa Sœurqu' ils Stoient les ſeuls Princes de l'Ifle, qui n'euſfent pas recherché la pro-tection des Rois Catholicqques; que l''Amiral, ſon Frêre, étant allé rehdrecompte à Leurs Majeſtés de la diſpoſition de tous les Caciques, il étoit àcraindre qu'il ne revint awec l'ordre de porter la guerre dans le Royaumede Xaragua;& que l'expérience devoit avoir appris, à tous les Inſulaires,qu'il leur étoit impoſſible de réſiſter aux armes Eſpagnoles. Bohechio, per-ſuadé par ce raiſonnement,& ſollicité par ſa Sœur, qui prenoit de jouren jour plus d'affection pour les Chrétiens, ne fit valoir que l'impuiſſance oùil Stoit de ſe ſoumettre au Tribut, parce qu'il m'avoit pas d'or ſur ſes Terres.On lui répondit que les Eſpagnols avoient trop d'équité pour exiger l'impoſ-ſible, mais qu'il pouvoit fournir une certaine quantité de coton& de vivres.Le Traité d'alliance fut conclu à cette condition(¼). APREs
(+) Herrera, ubi ſuprà, Chap. 5.
CHnIsroruzCorOMB.II. Voyage.
1496.
Accueil qu'ilregoit du RoiBohechio.
Feſtins&Spectaclesque les In-diens donnentaux Caſtillans.
Le Roi&ſa Sœur ſeſoumettent autribut.