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Tome dix-huitième.
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rent-ils face pluſieurs fois, pour lancer! Les ſabres des Caſtil-

lans, dont chaque coup leur emportoit quelque membre,& les cruel!1 2 8 1 K 68

morſures d'un gros Dogue, qu'ils redoutoient autant que le tranchant dufer, leur firent chercher leur falut dans la fuite. Ce ne fut pas néanmoinsſans avoir tué un de leurs Ennemis,& ſans en avoir 6 d 8—

pluſieurs. LAdelantade même reçut un coup de darmac. La Barque de l'Amiral, qui entroit alors dansle ſpectacle du combat. Ceux qui la conduiredoutables, après une déroute qui devoit avoir répandtla Nation. IIs s'avancèrent, malgré les aviℳ

le la Mer h

Canaux d'eau douce, ouù celle c

Mais, pendant qu'ils y rempliſſoient tranquillement leurs tonneaux, deslégions d'Indiens, qui s'étoient cachés dans des lieux couverts d'arbres,tombérent ſur eux avec leurs armes& leurs cris ordinaires. Le Capitaine,nommé Triſtan, après s'être long-tems défendu, fut frappé dans l'oœll droit,d'un coup de dard, dont il expira ſur le champ. Tous les autres furent ac-cablés par le nombre, à'exception d'un ſeul, qui, étant tombé dans laRiviere, ſe laiſſa emporter ſi heureuſement au fil de l'eau, qu'il arriva de-vant la Bourgade Caſtillane. Les triſtes nouvelles, qu'il y apportoit, y jet-tèrent la conſternation. L'Adelantade comprit que les Indiens, animés paryavantage qu’ils venoient d'obtenir, ſe raſſembleroient en plus grand nom-bre, pour l'attaquer dans ſes foibles murs;& qu'avec beaucoup de malades& de bleſſés, il ne ſeroit pas long-tems en état de leur réſiſter. SonVaiſſeau étoit échoué, par la retraite des eaux. Les corps des Matelotsde la Barque, qui flottoient ſur la Riviere,& ſur leſquels on voyoit volti-

ger diverſes ſortes d'Oiſeaux de proye, furent regardés de tous ſes gens

polnt de c oömmunication.

comme un préſage funeſte. II ſe vit forcé, par ſeurs plaintes, de paſſerdans une Preſqu’'lſle, où la Rivière ne laifſoit qu'un paſſage étroit du cô-té de Eſt. Un Boulevard, qu'il y fit faire avec les tonneaux des vivres,& devant lequel il pointa ſon Artillerie, lui donna quelque reläche; parce-que les Indiens n'oſèrent paroltre à la portée des boulets(v).

Dv autre côté, PAmiral, qui n'avoit pas vü ſa Barque depuis huit jours& qui ne recevoit aucune information de ſon Frèere, ſouffroit tous letourmens d'une vive inquiétude. Elle fut augmentée par une autre diſ-grace. Les Femmes, les Enfans& les Amis de Quibia, qu'on avoit ame-nés dans ſon Navire, étoient enfermés, chaque jour au ſoir, ſous le tillac,prés de F'écoutille, qui eſt une couliſſe quarrée, dont on fermoit la cham-bre de poupe, avec une chaine, ſon cadenat& ſa clé. Ils ne pouvoientatteindre à la couliſſe; mais, ayant congu qu'ils mavoient pas d'autre voyepour s'échapper, ils eurent l'adreſſe de ſe faire des dégrés de pierres de lelt,qui étoient au fond du Vaiſſeau;& les ayant élevées juſqu'à la couliſſe,fur laquelle quelques Matelots étoient couchés, ſans y avoir paſſé la chaine,qui auroit rendu leur ſituation fort incommode, ils la pouſſèrent de leursSpaules, avec tant de force, qu'ils renverſèrent tout à la fois, l'ais,& lesMatelots qui dormoient deſſus. Les plus heureux, c'eſt-à-dire, ceux qui

paſſè-

59.

(*) Herrera& Vie de Colomb, ibidem.

CHxIsrop!

8

l'Amiral.