Band 
Tome dix-huitième.
Seite
267
JPEG-Download
 

9„ U 2, Lrr. I. 267

4

'étoit pas moins pour arrivée du Priſonnier, que cet Homme ſavoit aſ-ſez les différentes Langues du Continent pour ſervir d'Interprête au Géné-ral,& qu’'il devint en effet un des principaux inſtrumens de la Conquéêtedu Mexique; on n'accordera point à la. Fortune tout l'honneur de cet évé-nement,& P'on ſera forcé d'y reconnoitre une merveilleuſe diſpoſition dela Providence(1).

CEr malheureux Inconnu ne paroiſſoit pas différent des Indiens. II gtoitnud comme eux& baſanné, avec les cheveux treſſés autour de la téte. IIportoit ſa rame ſur l'éépaule, un arc à la main, un bouclier& des fléchesſur le dos,& une ſorte de rets en forme de ſac, dans lequel étoit ſa pro-viſion de vivres,& une paire d'Heures qu'il avoit tojours conſervée pourſes exercices de Religion. Il demanda d'abord quel jour il étoit? avec unembarras qu'on devoit attribuer à l'excéès de ſa joie, mais qu'on reconnutbientôt pour un véritable oubli de ſa langue naturelle. Il ne pouvoit tenirun diſcours ſuivi, ſans y méler quelques mots Indiens, qu'on n'entendoitpoint. Cortez, aprées l'avoir embraſſé, le couvrit lui-même du manteauqu'il portoit. On apprit de lui, par dégrés, qu'il ſe nommoit Jerõme d 4.guilar, qu'il étoit d' Ecija, Ville d'Andalouſie,& d'une naifſfance qui luiavoit procuré tous les avantages d'une bonne éducation. II étoit paſſé auxIndes,& ſe trouvant dans la Colonie du Darien pendant les diſſenſions deNicueſſa& de Vaſco Nugnez de Balboa, il avoit accompagné Valdiviadans le Voyage qu'il-devoit faire à San-Domingo: mais à la vüe de la Ja-maique, leur Caravelle avoit échoué ſur les Bancs de los Alacranes(4). Devingt Hommes qu'ils étoient, ſept étoient morts de fatigue& de miſére.Les autres, ayant pris terre dans une Province nommée Maya, étoienttombés entre les mains d'un cruel Cacique, qui avoit commencé par ſacri-fier à ſes Idoles Valdivia,& quatre de leurs Compagnons, dont il avoitenſuite mangé la chair; Aguilar& les autres avoient été réſervés pour Iapremière Fête,& renfermés dans une cage, où l'on prenoit ſoin de les en-graiſſer; mais ils avoient trouvé le moien d'en ſortir;& marchant pendantpluſieurs jours au travers des Bois, ſans autre aliment que des herbes& desracines, ils avoient rencontré des Indiens qui les avoient préſentés à unautre Cacique, Ennemi du premier& moins barbare, ſous le pouvoir du-quel ils avoient mené une vie aſſez douce, quoique forcés continuellementà de pénibles travaux. Tous les Compagnons de ſon malheur étoient mortsſucceſſivement, à Pexception d'un Matelot, nommé Gonzalez Guerrero, na-tif de Palos, qui avoit époufé une riche Indienne, dont il avoit pluſieursEnfans. Pour lui, que ſon attachement pour la Religion avoit tonjourséloigné de ces coupabſes mariages, il étoit parvenu, apres diverſes épreu-ves, à meériter laffection& la confiance de ſon Mattre. II Pavoit fervifort heureuſement dans ſes guerres;& ce Cacique, nommé Aquineuz, P'a-voit recommandé en mourant à fon Fils, auprès duquel il avoit joui de laméeme faveur. Lorfqu'il avoit regu la Lettre de Cortez, par les Indiens de

Co-

(r) Le même, Chap. 16.;& Herrera,(r) Autrement Las Bivoras, ou Caymav. 4. Chap. 7. neg.

LI 2

FERNANDCoRrEz.

1519.

Ses avantures.

Il ſe nom-moit ſerome

d'Aguilar.

Mort deſes Compa-

810118.