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Tome dix-huitième.
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19 U n, 11v. 1 287

faire un grand nombre de feuilles, qui compoſoient chaque Volume. IIsparoiſſoient écrits de tous cêtés, ou platôt chargés de ces images& de ceschiffres, dont les Peintres de Teutilé avoient donné des exemples beau-coup plus réguliers. L'Armée paſſa la nuit dans cette Bourgade, avec tou-tes les précautions qui pouvoient aſſurer ſon repos. Le lendemain, ellereprit ſa marche dans le meme ordre& par le chemin le plus frayé, quideſcendoit vers'OQueſt, en s'écartant un peu de la Mer. Cortez kut ſur-pris de m'y trouver, pendant tout le jour, qu'une continuelle ſolitude, dontle ſilence lui devint ſuſpect. Mais vers le ſoir, à'entrée d'une belle Prai-rie, on vit paroitre douze Indiens, chargés de rafrafchiſſemens, qui s'étantfait conduire au Général, lui offrirent ce préſent de la part de leur Caci-que, avec une invitation à ſe rendre dans le lieu de ſa demeure, où ilavoit fait préparer des logemens& des vivres pour toute PFArmée. Onapprit d'eux qu'il reſtoit un Soleil, c'eſt-à dire, dans leur langage, une jour-née de chemin, juſqu'à la Cour de Zampoala. Cortez renvoya ſix de cesIndiens au Cacique, avec des remercimens fort nobles,& garda les autrespour lui fervir de Guides. Une civilité ſi peu prévüe n'avoit pas laiſlé delui cauſer quelque défiance: mais;, le ſoir, il trouva tant d'empreſſement àle ſervir, dans les Habitans d'une Bourgade, où ſes Guides lui conſeillérentde s'arréter, qu'il ne douta plus de la bonne-foi du Cacique,& cette opi-nion fut heureuſement confirmée par les fruits importans qu'il tira de fonamitié(y).

LE jour ſuivant, en continuant de marcher vers Zampoala, il rencontra,preſqu'à la vꝑe de cette Place, vingt Indiens, fort galamment équipés, quiétoient ſortis pour le recevoir. Apreès''avoir ſalué, avec beaucoup de cé-rémonies, ils lui firent un compliment civil, au nom du Cacique,„ à qui„ ſes incommodités n'avoient pas permis de ſe mettre à leur téte, mais qui„ l'attendoit, avec une extrêème impatience de connoftre des Etrangers,„ dont la valeur avoit tant d'éclat“. La Ville étoit grande& bien peu-plée, dans une agréable ſituation, entre deux Ruiffeaux qui arroſoientune Campagne fertile. IIs venoient d'une Montagne peu éloignée, revée-tue d'Arbres,& d'une pente aiſée. Les Edifices de la Ville étoient de pier-re, couverts& crépis d'une ſorte de chaux blanche, polie& luiſante, dontFéclat formoit un ſpectacle fort brillant. Un des Soldats, qui furent dé-tachés, revint avec tranſport, en criant de toute ſa force que les murail-les étoient d'argent().

TourEs les Rues& les Places publiques ſe trouvérent remplies d'Indiens;mais ſans aucune eſpêce d'armes qui puſſent donner du ſoupgon,& ſansautre bruit que celui qui eſt inſéparable de la multitude. Le Cacique s'of-frit à la porte de ſon Palais. Ses incommodités n'étoient qu'une prodigieu-ſe groſſeur. IIs'approcha lentement, appuyé fur les bras de quelques In-diens, au ſecours deſquels il ſembloit devoir tout ſon mouvemeént. Sa pa-rure Stoit une mante de coton, enrichie de pierres précieuſes, comme ſesOreilles& ſes leèvres. La gravité de ſa figure, s'accordant avec le poids deſon corps, Cortez eut beſoin de toute la ſfienne, pour arréter les éclats de

rire(y) Fidem, Chap. 9.(2) Diaz& Solis, ubi ſupraà.

FERNAND

Cortez ar-rive à Zam-poala.

Sa récep-tion dans cet·te Ville.

Figure duCacique.