ENAMEHIST ET, I1w. 1 ü93combattirent avec tant d'opinidtreté, qu'à meſure qu'ils étoient füress deſe retirer, par la Cavalerie& par les armes à feu, un autre mouvement lesrepouſſoit fur le terrein qu'ils avoient perdu. Le fond de la Vallée, ſui-vant l'expreſſion d'un Hiſtorien, avoit l'apparence d'une Mer agitée parle flux& le reflux de ſes vagues. Cortez, qui s'étoit placé à la téte desCavaliers, où il faiſoit une exécution terrible avec ſa lance, commengoità craindre que cette continuelle agitation n'épuiſat les forces de ſes gens;lorſqu'en jettant les yeux de toutes parts, il fut ſecouru par une de ſesheureuſes réflexions, que la Fortune ſembloit lui tenir en réſerve, pourPextrémité du danger.
A la vue de l'Etendart Impérial, qui ſe faiſoit remarquer à quelque diſ-tance, il ſe ſouvint d'avoir entendu dire que tout le ſecret des Bataillesconſiſtoit, parmi ces Barbares, dans Etendart géenéral, dont la perte oule gain décidoit de la Victoire entre deux partis; fur quoi, ne pouvantdouter du trouble& de l'épouvante, que le mouvement de ſes Chevauxcauſoit aux Ennemis, il réſolut de faire un effort extraordinaire pour, gn-lever cette fatale Enſeigne. II appella Sandoval, Alvarado, Olid& d'A-vila, auxquels il communiqua ſon deſſein;& ſuivi de ces quatre Braves,avec une partie des Cavaliers, qu'ils avoient fous leurs ordres, il pouſſaau grand galop vers le Général des Mexiquains. Les Chevaux n'ayantpas manqué de s'ouvrir un pafſage, il pénétra heureuſement juſqu'à PE-tendart, qui étoit environné d'un Corps de Nobles;& pendant que ſesCompagnons écartoient cette Garde à coups d'épée, il porta au Généralun coup de lance, qui le fit tomber de ſa ſitiere. Les Nobles étant dẽéjadiſperſeés, un ſimple Cavalier(i) deſcendit de ſon Cheval, êta au Géné-ral le peu de vie qui lui reſtoit,& prit 1 Etendart, qu'il préſenta reſpectueu-ſement à Cortez.
LEs Barbares n'eurent pas plutöt vü ce précieux dépôt au pouvoir deTEnnemi, qu'’'ils abbatirent les autres Enſeignes& que jettant leurs armes,ils prirent de tous cõôtés la fuite, vers les Bois qui couvroient le revers desMontagnes. Dans un inſtant, le Champ de Bataille demeura libre aux Eſ-pagnols. Cortez fit pourſuivre les Fuyards, parce qu'il étoit important deles diſperſer. Il avoit regu à la téte un coup de pierre, qui avoit percéſon caſque,& qui lui laiſſa une douloureuſe contuſion. La vüle de ſableſſure animant ſes Soldats à la vengeance, ils firent main baſſe ſur unſi grand nombre de Mexiquains, qu'on ne le fait pas monter à moins devingt mille. Cette Victoire paſſe pour une des plus céleèbres que les Eu-ropéens ayent jamais remportées dans rAmerique;& quelques pieux E-crivains n'ont pas manqué d'y faire intervenir]'Apôtre Saint Jacques,
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que pluſieurs Prifonniers, diſent-ils, virent combattre en faveur des Eſ-pagnols(X).
CoR-
(*) Il 6toit Gentilhomme,& ſon nom 6- dont 1'Etendart du Mexique étoit couronné.toit jean de Salamanque. L'Empereur Chr- Solis, ubi ſuprà, page 20.„
les-Quint récompenſa ſon action, en lui den-() Ibid. page 260. IIs prétendent que
nant, pour cimier de ſes Armes, le Panache 1*Armée ennemie étolt d'environ deux cens
XVIII. Part. Ddd 5
FERNANDCoRTEZ.
1520.
Heureuxſouvenir quile ſauve, avecſon Armée.
Mort du-Général Me-xiquain,&priſe de l'E-tendart Impé-rial.