Band 
Tome dix-huitième.
Seite
455
JPEG-Download
 

OU DE LA NOUVELLE ESPAGCNE, Lrv. I1. ee

ne troupe d'Indiennes, la plüpart muldtres, vétues d'etoffes de ſoye,& Descairxro-couvertes de pierres prẽécieuſes. Lajuſtement de ces Créatures eſt ſi laſ-*4*cif,& leurs maniéres ont tant—d'agrément, que la plüpart des Eſpagnols les* cNE.préfèrent à leurs propres Femmes. Elles portent ordinairement une juppechamarrée de galons ou de dentelles d'or& d'argent, avec un grand rubande couleur vive,& frangé d'or, dont les bouts leur deſcendent juſqu'auxpieds. Leurs corſets ſont ſans manches,& lacés de rubans d'or ou d'ar-gent. Leurs ceintures ſont d un tiſſu d'or, enrichi de perles& de pierre-ries. Leurs manches ſont de toile d-Hollande ou de la Chine, fort larges& fort ouvertes, enrichies d'une broderie de ſoye, ou d'or& d'argent,&pendantes de la longueur de leur juppe. Elles couvrent leurs cheveux d'u-ne coeffe ouvragée;& par-deſſus, elles mettent un rézeau de ſoye, atta-ché négligemment avec un beau ruban d'or, ou de couleur, qui croiſe ſurle haut du front,& ſur lequel il y a todjours quelques lettres en broderie,qui expriment une maxime ou un ſentiment d'amour. Leur ſein eſt cou-.vert d'une toile fine, qui prend au-deſſus du cou, en forme de mentonié-re. Cette parure eſt celle qui ne les quitte pas, dans l'intérieur méme desMaiſons; car, lorſqu'elles en ſortent, elles Prennent une mante de la plusfine toile, garnie de rubans;& la plüpart ſe la font paſſer ſur la tete, demaniére qu'elle ne deſcende pas au-deſſous du milieu dur corps, pour laiſſervoir leur ceinture& leurs autres ornemens. Quelques- unes ne portent leurmante que ſur une épaule;& la paſſant ſous le bras droit, elles rejettentFautre bout ſur l'épaule gauche, pour conſerver la liberté de remuer lesdeux bras,& de montrer leurs bélles manches. D'’autres ſe ſervent, aulieu de mante, d'une riche juppe de ſoie, dont elles jettent une partie ſurr'épaule;“& ſoutenant l'autre de la main, elles accordent librement la vũede leurs jambes. Leurs ſouliers ſont fort hauts. Ils ont pluſteurs ſemel-les, garnies d'un bord d'argent, qui eſt attaché avec de petits cloux de mêe-me métal, dont la téête eſt três large. La plüpart de ces Femmes ſont desEſclaves, ou l'ont été,& ne doivent la liberté qu'à Amour. En général,le goút du faſte régne à Mexico dans toutes les conditions. Les caroſſes yſont beaucoup plus riches que dans les principales Cours de TEurope. Onm'épargne point, pour les embellir, l'or, Targent, les pierres précieuſes,le drap d'or,& les plus belles ſoyes de la Chine. Les brides des Chevauxſont enrichies de pierres précieuſes;& tout ce qui eſt de fer ailleurs eſt icid'argent. Il eſt paſſé en proverbe qu'il y a quatre belles choſes à Mexico;les Femmes, les Habits, les Equipages& les Rues. Le Viceroi, qui gou-vernoit en 1625, fit faire un Oiſeau, plus grand qu'un Faiſan, d'or, d'ar-gent& de pierres précieuſes, dont toutes les parties étoient ajuſtées avectant d'art, pour repréſenter naturellement Ie plumage, qu'il fut eſtimé quin-ze Cens mille ducats(b). C'toit un préſent qu'il deſtinoit au Roi d'Eſpa.gne. Riem n'eſt ſi commun que de voir des cordons& des roſes de diamansaux chapeaux des Perſonnes de condition,& des cordons de perles à ceuxdes plus vils Artiſans. Mais, quoique tous ſes Habitans paroiſſent livrésaux plaiſirs, il n'y a point de Ville au Monde ou le Clergé ſoit traité xsplus

(½) Ceſt peut être une faute d'impreſſion; car- cette ſomme parolt exceſſivc,