Band 
Tome dix-huitième.
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DEschIPrIoNDE LàA NouvEILLE EsPA4-

Nations desMoſquites,ou Mouſti-ques.

z0o DESCRIPTION DUMEXICUF,

ſa plaie, comme s ils euſfent voulu la ſonder,& que s'il en couloit beau-coup de ſang ils la tenoient fermée, pendant que d autres apportoient quel-ques feuilles qu'ils machoient un moment,& qu’ils pouſſoient fort adroite-ment dans l'ouverture. C'eſt un ſpectacle que j'ai eu pluſieurs fois,& quiĩm'a toüjours cauſé de l'admiration(†).

On trouve ſur toute cette Cête, juſqu'à celle de Honduras, une eſpècede Singes qu'on a nommés Pareſſeux, parce qu'ils ne quittent point le mêmearbre auſſi long-tems qu'il y reſte une feuille à manger,& quils mettentplus d'une heure à faire un pas, lorſqu'ils levent les pattes pour ſe remuer.Leurs cris ſont fort pergans. IIs ne ſont différens des autres que par. une ex-tréme maigreur, qui rend leur figure hideuſe. Oexmelin juge qu'ils ſontſujets à quelque mal des jointures, tel que la goutte. Il en prit pluſieurs,qu'il eut ſoin de bien nourrir,& qui n'en conſervérent pas moins leur ſé-chereſſe& leur lenteur. Les jeunes ne ſont pas plus agiles que les vieux.On les prend auſſi facilement avec les mains, ſans qu'ils ſe defendent autre-ment que par des cris(g).

LEs Indiens du Pays doivent être fort ſauvages, puiſque ſans avoir regula moindre offenſe, ils eurent la perfidie de s'approcher, à la faveur des ar-bres,& de faire fur les Avanturiers une décharge de fléches, qui en tuapluſieurs. Apres leur retraite, qu'ils firent très légerement, Oexmelin ob-ferva la forme de leurs fléches. Non-ſéulement elles n'avoient aucune poin-te de fer, ou d'autre métal, mais elles ſembloient faites ſans le ſecours d'au-cun inſtrument..Elles étoient longues de cinq ou ſix piés, de la groſſeur dudoigt, pliantes,& bien arrondies. L'un des bouts étoit armé d'une pierreà feu, fort aigüe, enchaſſée dans le bout méme, avec un petit croc de boĩsen maniere de harpon,& liée d'un fil ſi fort, qu' elles pouvoient être lan-cées ſfans ſe rompre contre les corps les plus durs. La pierre caſſoit plutòtque de quitter le bois. Lautre bout étoit pointu. Isen trouva quelques-unes de bois de palmier, travaillées plus curieuſement,& peintes en rouge.Lun des bouts étoit armé auſſi d'une pierre à feu, mais Pautre étoit garniF'un morceau de bois creux, de la longueur d'un pié, dans lequel étoientrenfermés de petits cailloux ronds, qui faiſoient un bruit aſſez ſonore, aumoindre mouvement qu'on donnoit à la fléche. Oexmelin croit que ces cail-loux ne ſervoient qu'à lui donner du poids; mais il remarqua auſſi que pourles empêcher apparemment de faire du bruit, on avoit eu V'adreſſe de mettredes feuilles d'arbre dans la partie creuſe du bois.

Les Avanturiers, remettant à la voile, traverſerent quantité de petitesIles, qu'on nomme les Perles,& qui forment une eſpéce de labyrinthe,fort agréable à la vue, où l'on trouve des Tortues en grand nombre. Lelendemain, ils ſe trouverent devant les Iles de Carneland;& ſans ceſſer deſuivre la Côte, avec un vent favorable, ils arrivérent en peu de jours au Capde Gracias à Dios. De ce Cap au Deſaguador, Correal répéte pluſieursfois(b) qu'il y a ſoixante-dix lieues.

C'Esr au Cap de Gracias à Dios qu'on trouve une Nation d'Indiens, Seels.

res

(†) Ibid. page 214& ſuiv.(b) Voyages de François Correal, pages(g) Lbid. 85& 94.