OU DE LA NOUVELLE ESPAGNE, Lrv. I1. 585
Lice étoit pénible. Ces deux inſtrumens, accordés avec les voix, produi-ſoient une ſymphonie aſſez mélodieuſe, mais qui paroiſſoit fort triſte auxCaſtillans. Les chanſons des Mexiquains contenoient la vie& les actionshéroiques de leurs anciens Rois. Mais, s'échauffant par dégrés, ils y mõö-loient des compoſitions plus badines, en couplets rimés, qui n'étoient pasſans eſprit& ſans agrément. Ceux qui danſoient devant l'Empereur étoientles principaux Seigneurs du Royaume, richement parés, avec des bouquetsde roſes dans les mains, ou des&ventails de plumes tiſſues d'or. Les unsavoient la téte couverte d'une tête d'Aigle, ou de Tigre; d'autres por-toient ſur le bras droit, ou ſur les épaules, des deviſes d'or ou d'argent,& de riches plumes. Dans les Aſſemblées de la Ville, le nombre des Dan-ſeurs montoit quelquefois à huit ou dix mille,& les Seigneurs ne faiſoientpas difficulté de s'y mêler. On commengoit à marcher par rangs, de huitou plus, ſuivant la quantité des Acteurs. Les principaux ſe plagoient prèsdes tambours. Aprés une marche aſſez lente, qui duroit quelque tems endifférentes formes, on s'entreméloit, pour danfer en branle, en ſe tenantpar la main. Enſuite les uns danſoient ſeuls,& d'autres deux à deux. Ladanſe conſiſtoit dans quelques ſauts& divers mouvemens alternatifs despPiés& des mains. Deux Chefs de rang recommengoient à danſer ſeuls,&conduiſoient les autres, qui les ſuivoient en imitant tous leurs mouvemens& tous leurs pas. IIs chantoient,& tous les autres répondoient en chœur.Lorſqu'ils étoient en grand nombre, les derniers faiſoient un cercle, pourſe retrouver vis-A-vis des autres. La danſe duroit quatre ou cinq heures,ſans que perſonne parüt ſe laſſer. Les mouvemens néeanmoins étoientquelquefois fort vifs,& répondoient par intervalles à la vivacité de P'air.II étoit permis de quitter'Aſſemblée pour ſe rafratchir; mais on- devoitſortir ſans rompre la cadence,& la reprendre en rentrant. Quelquefoison voyoit arriver des Maſques& des Bouffons, qui ſe méloient dans ladanſe, en faiſant des ſauts extraordinaires, en difant des plaiſanteries, encontrefaiſant d'autres Nations par leurs geſtes& leur langage, ou les Fous,les Ivrognes& les vieilles Femmes. Ce Bal, ſuivant la remarque d'unHiſtorien, parut plus agréable aux Eſpagnols que la Zambra même de Gre-nade(„). Motezuma ſe donnoit ſouvent, en ſecret, le plaiſir de fairedanſer devant lui, dans cette forme, les plus belles Femmes& les plus qua-lfiées de Empire(2).
HERRERA parle d'une danfe encore plus ſolemnelle, qui ſe nommoitMitote(a),& qui ſe faiſoit dans les cours du Temple; ſi noble, dit-il,que les Empereurs méême ne dédaignoient pas de s'y meler. On y formoitdeux grands cercles, au milieu deſquels étoient placés les inſtrumens. Lecercle interieur étoit compoſé des Seigneufs, des Anciens,& de toutesjes perſonnes au-deſſus du commun. Le ſecond, de la plus grave partiedu Peuple, qui ſe paroit, dans ces grands jours, de ce qu'il avoit de plusprécieux en plumes& en bijouxz. Il n'y avoit perſonne, qui n'eũt été for-
mé(y) Eidem.(a) II donne, dans un autre endroit, le(2) Eidem. méme nom à toutes les danſes Mexiquaines.
XVIII. Part. Eeee
DEscRIPTION
DE LA Nov-
VELLE Esra-GNE.
La Mitote.