XXII
D’ailleurs le nombre des espèces douteuses diminue tous les jours, et nous avons la convictionqu’avant qu’il soit longtemps, on ne parlera plus de fossiles identiques dans plusieurs terrains.
Si nous considérons le groupe des Myes au point de vue de son ancienneté, nous trouveronsqu’il est apparu à la surface du globe pendant la déposition des terrains triasiques. Nous le trouvonsdéjà représenté par plusieurs espèces dans le grès bigarré ; mais le groupe le plus caractéristique ,celui des Pholadomyes, manque dans tout le Trias; il n’y a encore que des Pleuromyes et quel-ques Arcomy es. La véritable époque des Myes fossiles, c’est la formation jurassique et particuliè-rement les étages inférieurs de cette formation. Nous trouvons dans le Lias des représentans dela plupart des groupes que nous avons distingués : les Pholadomyes , les Gresslyes, les Pleuro-myes y pullulent. Les mêmes types se continuent, mais en d’autres espèces, dans les terrainsjurassiques moyens et supérieurs. H y a même dans les dépôts littoraux du Portlandien des gitesoù certaines espèces se montrent avec une exubérance inouie, témoin certaines Pleuromyes etcertaines Pholadomyes ; mais les espèces sont en général moins nombreuses. Un changement com-plet s’est opéré dans les Myacés durant l’époque de la craie. Cette multitude d’individus et d’es-pèces qui peuplaient les bas fonds des mers jurassiques ont complètement disparu. Les Gresslyes etles Pleuromyes en particulier y sont tout-à-fait inconnues. Les Pholadomyes, les Arcomyes, lesPanopées n’y comptent qu’un petit nombre d’espèces et il est rare que les individus en soient très-nombreux. Un seul type semble concentrer en lui toute la fécondité qui était propre à ses con-génères de l’époque jurassique, c’est ce type que nous avons séparé des Panopées pour en fairenotre genre Myopsis. Aussi, ce n’est que dans les étages inférieurs de cette formation , particuliè-ment dans le néocomien que l’on trouve cette quantité d’individus, d’espèces et de variété d’espèces.Les terrains supérieurs delà formation crétacée ne contiennent nulle part, que je sache, desespèces aussi prédominentes. Les terrains tertiaires renferment eux aussi des Myes, mais ellesappartiennent aux genres de l’époque actuelle, les vraies Myes et les Panopées. On ne connaîtencore qu’une ou deux espèces de Pholadomyes tertiaires, et nous ne serions pas étonné qu’on ydécouvrit aussi quelques espèces de Myopsis. Tous les autres genres , même ceux qui avaientdes représentans dans l’époque crétacée, tels que les Goniomyes et les Cercomyes ont complètementdisparu. Enfin les espèces de notre époque sont, si possible, encore moins nombreuses quecelles des terrains tertiaires; ce sont des Myes et des Panopées, auxquelles il faut ajouter troisespèces de Pholadomyes.