2 4 Traité ae la Conjlruclion des 1 héatres , I. Part.
grandeur relative au nombre de ces mêmesPl\nchE £i to y ens - Les Romains suivirent cet usage -í o soit que íes Jeux fussent donnés aux dépensde la République ou des Particuliers ,comme les Ediles ou les Gouverneurs desProvinces , ou enfin des plus riches Ci-toyens ; & cet usage s’est maintenu fous lesEmpereurs, ìong-temps après que la ReligionChrétienne fut devenue celle du Prince & deTEmpire.
La destruction de PEmpire d'Oecident,<8c la décadence de celui d’Orient, chan-gèrent la forme des Gouvernements de l’Eu-ïope ; ce changement influa fur les Théâ-tres , qui furent détruits ou oubliés en Ita-talie jusqu’au quinzième fiecle, & en Fran-ce jusqu au quatorzième ; si cependant onpeut donner ce nom à la salle de la Tri-nité , où l'on représenta les Mystères de laPassion; le Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne,construit en 1543 (c’est-à-dire, vers le mi-lieu du seizième flecle ) étant le premierédifice de ce genre construit en France au-quel on puisse donner le nom de Théâtre ,encore qu’il fût d’une forme très-imparfaite,comme je le dirai plus bas.
Les deux premiers Théâtres construits enItalie , turent ceu^ *_ w -^ p Qrme .
le premier fut construit en iy 80, aux fraisde la ville de Vicence & de l’AcadémieOlympique établie en cette ville. Ce futPalladio qui en donna les desseins, ôc Sca-jnozi qui l’exécuta. Le second , qui est leplus grand de nos Théâtres modernes , futconstruit par les Princes de la Maison de Par-aisse , vers Pan 1600. Ces deux Théâtres,quoique couverts, furent construits d’après lesThéâtres anciens, sur-tout le premier, quiest un chef-d'œuvre en ce genre ; mais mal-gré leur beauté , ils ne plurent pas long-temps ; leur forme ôc leur grandeur se trou-vèrent contraires aux mœurs ôc aux usagesdes Italiens de ce temps.
Pour bien entendre ceci , il fau t faireattention à l’état où se trouvoit alors l’Ita-lie & à la forme de son gouvernement. Cettehelle partie de PEmpire Romain, après enavoir été séparée à la chute de PEmpire d'Oe-cident, devint la proie du premier occupant,ou pour mieux dire, du plus fort : après réta-blissement &. l a chute des Royaumes desGots ôc des Lombards, il s’y forma pref-qu’autant de Principautés que de Villes, quise gouvernèrent chacune par des Loix dif-férentes, à dont les intérêts étoient souventopposés. Delà vinrent ces guerres intestines,gui 2 jointes à ceUe du Sacerdoce & de
PEmpire, & à celle que les Rois de Franceêc d’Espagne y firent tour à tour ou con- Pi-ANC^jointement, la désolèrent jusqu’à la fin duseizième fiecle. Depuis ce temps , l’Ita-lie étant devenue plus tranquille, íes Scien-ces & les Arts y refleurirent, & ses Théâtresfurent construits dans plusieurs villes ; maiscomme ces dernieres étoient gouvernées pardes Princes qui n’avoient ni le pouvoir, nila volonté de donner des Spectacles gratis,les habitans de ces villes furent obligés dese cotiser, soit pour fournir aux frais de laconstruction des Théâtres , soit pour leurentretien ôc leur dépense journalier© , &pour se paiement des Acteurs.
A peine ce nouvel arrangement fut-il intro-duit ,qu’on vit diminuer sensiblement le nom-bre des Spectateurs, à cause du peu d’étenduede quelques-unes de ces villes, ce qui obligeales Constructeurs des Théâtres .à leur donnerpeu de capacité. Les mœurs ôc usages dutemps changèrent aussi la forme de cesThéâtres ; car l’égalité entre les habitantsde ces villes étant détruite , ceux qui parleurs emplois ou leur opulence étoient distingués des autres, voulurent en être séparésau Théâtre comme ailleurs. Delà vint l’usage
ces loges fermées & séparées, dont lessalles des Spectacles modernes font garnies
tout au pourtour , & dont l’usage s’est perpé-tué jusqu’à présent, à quoi a encore beaucoupcontribué la jalousie Italienne. Le peu deliberté que les femmes de ce pays ont deparoître en public, ôc le peu de communi-cation que les Italiens ont entre eux, est cequi a donné naissance à l’usage de donnerôc de recevoir des visites dans les loges fluThéâtre , d’y tenir des conversations, ôcmême d’y jouer. Quant à la forme généraledes salles de Spectacle d’Italie ( du moinsdes plus anciennes ) & à leur décoration , onn’y a pas apporté grande attention ; soit qu'onait été borné d’un côté par la dépense, ôcde l’autre par les usages dont j’ai parlé ci-dessus , ce n’est que depuis le commen-cement de ce fiecle qu'on a commencé d’yconstruire des salles d’une forme & d’unedécoration plus régulière , quoiqu’ellessoient éloignées de la perfection où ellespourroient arriver , comme j’espere le dé-montrer par la suite.
La perfection des Théâtres en France futretardée par des causes q a * > quoique diffé-rentes de celles que j’ ai ra PPOrtées, pro-duisirent les mêmes effets. J ai dit plus hautcomment , après D conquête des Gaulespar ses Francs j les Arts furent anéantis, ôc