CHAPITRE XI — L’ÉCLAIRAGE PUBLIC AU XV111 0 SIÈCLE
470
les passants attardés jusqu’à leur domicile, montent à leur appartement et y allumentles bougies. On prétend qu’ils rendaient volontiers compte le malin au lieutenantgénéral de police de tout ce qu’ils avaient remarqué peiulanl la nuit et, qu’en casd’alerte, ils couraient avertir le guet. Cela est fort possible et n’est pas l’ait pour noussurprendre ; de vieilles estampes nous les montrent portant la lanterne de la maingauche, tenant un fort gourdin de la main droite, et précédant un jeune couple quin’a pas l’air de penser aux voleurs. Ils traversent toute la Révolution et je les retrouveencore aux premiers jours du dix-neuvième siècle, car dans l’arrêté du 12 mes-sidor an Vlll, qui détermina les fonctions de préfet de police, il est dit (seclion III,article 32) : Il fera surveiller spécialement les places où se tiennent les voiturespubliques pour la ville et la campagne, et les cochers, postillons, charretiers, brouetteurs,porteurs de charges, porte-falots _
Quand Paris fut éclairé par les réverbères, on crut être arrivé au nec plusultra et l’on railla les lanternes, comme i ) ’ nous nous moquons des
réverbères, comme nos enfants sans doute riront de nos candélabres. Cen’élait pas seulement le public banal qui était dans l’admiration ; Sartine lui-même ne peut s’en taire, il lait écrire : La très grande lumière qu'ils donnentne permet jnts dépenser que l’on puisse jamais rien trouver de mieux. Etcependant les réverbères étaient placés à seize pieds de liant et à trente toises(50 m. 470) de distance les uns des autres.
Un auteur contemporain, Rétif do la Bretonne (1), n’est pas moins élo-gieux dans son appréciation :
Autrefois, il était un instant de la soirée où les citoyens se trouvaient plongésdans une obscurité profonde. C’était le moment de la chute du jour, et l'instant où lesrues étaient extrêmement fréquentées. Outre (pie l’heure pour allumer était apparem-ment fixée trop tard, les tristes lanternes munies d’une chandelle étaient en si grandnombre et jetaient si peu de clarté qu’il fallait que tout fût allumé pour y voir faible-ment. Aujourd’hui le service est bien plus tôt fait par un moindre nombre ; et dès qu’unréverbère est allumé, il jette au loin un brillant éclat. Nous sommes mieux et cetteamélioration est de nos jours. On donne même quelquefois dans l’excès opposé ; lesréverbères dans certaines saisons brùlenl le jour ; inconvénient facile à prévenir, enlixant les heures, non des saisons, mais des quantièmes, et en reculant l’heure dequelques minutes pour les endroits découverts, comme les ponts, les quais et lereste.
(t) Nuits de Paris, t. VU, p. 115'J.