connaissances que demandait leur état, k toutes les doctrines secrètes contenues dans un grand nombrede vers qu’on était obligé d’apprendre par cœur, mais qu’il était encore défendu d’écrire: ainsi ces connais-sances, quelque parfaites qu’on puisse les supposer, étaient entièrement perdues pour la masse de la nation,toujours plongée dans la même ignorance. Du reste, les druides enseignaient seulement aux jeunes gens desfamilles élevées des hymnes composés en l’honneur des dieux et des héros. Ces hymnes formaient toutesles annales des anciens temps. Les bardes étaient les poètes de la nation. Leur emploi consistait a animerpar leurs chants les soldats aux combats, ou bien k chanter les exploits ou la mort des héros au son d’uninstrument a cordes qui avait, nous dit-on, quelque rapport avec la lyre. Les Gaulois eurent aussid’autres poètes qui s’attachaient aux grands seigneurs qu’ils suivaient k la guerre, dont ils chantaient leslouanges et partageaient ordinairement la table. Le peuple écoutait tout avec avidité, et ne recevait d’autresconnaissances que celles qu’il retirait de ces sortes de poésies, dont nous connaissons peu la nature.
Tel fut, avant l’arrivée des Romains dans la Gaule , l’état des arts et des sciences, au moins dans la partiedu pays habitée par les seuls Gaulois; car on sent qu’il ne peut être ici question de la colonie de Marseille , oùflorissaient déjà depuis long-temps les lettres, les sciences et. tous les arts connus des Grecs, dont l’académie,déjà célèbre, était devenue le siège des études où la jeunesse de l’Italie entière venait former ses manières etson goût, chercher des maîtres de philosophie, d’éloquence et de littérature, lorsque Rome , dans l’enfance kcet égard, languissait encore enveloppée du voile de l’ignorance. On sait en effet que c’est de ces écoles quesortirent le fameux Pythéas , mathématicien, astronome, géographe et physicien, qui rendit plus d’un serviceaux sciences et k sa patrie; Euthymème, qui laissa comme Pythéas plusieurs ouvrages qui ne nous sont pasparvenus; et Eratosthène , auteur d’une histoire de la Gaule perdue pour nous. Mais, comme il n’entrepas dans notre dessein de nous livrer ici k de longues considérations sur les connaissances des Grecs, nousallons revenir plus particulièrement k notre sujet.
SECONDE ÉPOQUE.
De l’état des arts dans la Gaule depuis sa soumission aux Romains jusqu’à la conquête des Francs.
Ce n’est pas une étude sans intérêt que de suivre pour ainsi dire pas k pas les changements successifs opérésdans les usages, les goûts, les manières d'un peuple, k mesure qu’il quitte une vie presque sauvage pour passerpar degrés k un état civilisé : c’est le tableau de ce passage rapide que nous offrira la période que nous allonsparcourir. Le séjour des Romains dans la Gaule va y opérer en effet une révolution générale; les ténèbresde l’ignorance se dissiperont, le goût des sciences et des arts va s’y répandre comme en Italie ; ils y florirontmeme avec tant d’éclat, que les plus zélés partisans de l’antiquité seront bientôt forcés de voir dans la Gaule unémule de Rome a plusieurs égards, sa rivale, et peut-être sa maîtresse k quelques autres. Par leur commerceavec les Romains,les mœurs, trop souvent dures et féroces de ses habitans vont insensiblement s’adoucir; notreterre natale va enfin être appelée k jouir de tous les avantages d’une sage civilisation , et occuper un rang parmiles nations policées. Aussi, s’il était quelquefois permis d’oublier un instant ce sentiment d’indignation que doitinspirer k tout homme équitable l’esprit de conquête, et plus particulièrement peut-être la conduite des vain-queurs envers les Gaulois, pourrait-on faire un crime aux amis des arts surtout de jeter sur les torts desRomains le voile de l’indulgence, et de faire ici l’application de cette pensée d’un de nos plus grands génies,« qu’il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant heureux (1). »
Lors de l’entrée de César dans la Gaule , ce pays renfermait pour ainsi dire deux peuples différens; leshabitans des provinces septentrionales conservaient encore leurs mœurs sauvages, tandis que ceux du midi,au contraire, commençaient k être façonnés aux manières des Grecs et des Romains, avec qui ils étaienten relations habituelles long-temps avant la perte de leur indépendance.
Cette différence était même tellement sensible pour les peuples de la Gaule narbonnaise , soumis aux Romainsdepuis plus d’un demi-siècle, qu’au temps de César leur pays pouvait déjk être considéré comme une partiede fltalie, et les habitans comme des citoyens de Rome ; car, en rompant les liens qui les unissaient k leursconcitoyens, ils avaient en même temps modifié k un tel point leurs mœurs et leurs manières, qu’ils ressem-blaient beaucoup plus k des Romains qu’k ces anciens Gaulois , dont on peut dire qu’ils ne conservaient guèreque le nom. C’est une observation qui ne doit pas échapper, si l’on veut entendre et surtout accorder les passagesde différens auteurs qui pourraient souvent, lorsqu’ils parlent des Gaulois, paraître en contradiction sans cettedistinction nécessaire, mais qui n’a au reste d’importance réelle que pour les temps qui précèdent ou qui
(i) Montesq., Espr. des lois, 1. 4> chap. 6.
II e Atlas. — Monumens.
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