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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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EN FRANCE .

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en usage les instrumens employés aux commodités de la vie 5 et pendant que les Romains employaient chez euxune grande quantité d’esclaves pour moudre le grain, les Gaulois avaient déjà appris à faire usage de moulinsà eau (1) établis sur quelques-uns de leurs fleuves. Ils apprirent aussi à se servir des fours, apportés en Europe par les Romains (2) à la suite de leurs conquêtes en Orient. Jusque-là les Gaulois n’avaient mangé que dupain cuit sous la cendre, c’est-à-dire dans une espèce d’ustensile semblable à ce que nous nommons aujour-d’hui four de campagne 3 qu’on recouvrait de cendre chaude ; usage qui se conserva long-temps encore, mêmeaprès l’introduction des fours.

Nourriture . Quant à la manière de prendre leurs repas, on doit penser, avec Legrand d’Aussy , que les Romainsétablis dans la Gaule leur auront appris à connaître l’espèce délit dont ils se servaient eux-mêmes au lieu de siège ; aumoins est-il certain que cet usage fut connu dans quelques cantons, car l’on en trouve encore quelques exemplesjusque dans les fabliaux du treizième siècle (3) ; mais, d’après le même auteur, ces exemples sont rares, et lesGaulois ayant, dès les premiers temps, senti les inconvéniens d’un usage aussi gênant, avaient substituéaux lits des sièges et des escabeaux en bois, qu’ils recouvraient ordinairement d’un tapis.

Industrie. Comme les mines de cuivre étaient communes dans le pays, on en fabriqua des plats, et l’usage deceux d’argile se perdit insensiblement. Mais l’inconvénient de cette nouvelle vaisselle amena bientôt les Gauloisà trouver encore un moyen propre à se préserver des effets fâcheux du vert-de-gris. Pline ( 4 ) avoue que lesGaulois furent les premiers à trouver un procédé pour étamer les métaux. Il faut croire que d’abord ils n’em-ployèrent l’étamage de plomb et d’étain alliés ensemble que comme une précaution utile, mais que dans lasuite ils en firent un objet de luxe pour divers ornemens de leurs meubles. Ils imaginèrent aussi un moyensemblable pour argenter le mors de leurs chevaux, les harnois de leurs attelages et les ornemens de leursvoitures. Cette composition était si brillante, et ils excellaient tellement dans l’art de l’appliquer, qu’à peinepouvait-ôn discerner leurs ouvrages de l’argent ordinaire. Les habitans de la ville d’Alise et les Berruyens sedistinguaient surtout dans ce genre d’industrie.

Sous les empereurs, Strasbourg, Mâcon, Autun, Soissons, Reims, Trêves et Amiens se rendirent aussicélèbres par leurs fabriques d’armes. On y préparait des flèches, des balistes, des cuirasses, des boucliers etd’autres armes.

Commerce. On doit penser que, par leur situation géographique, les Gaulois furent appelés de bonne heureà se livrer au commerce; on peut même conclure d’un passage de Strabon ( 5 ) qu’ils avaient su tirer avantage ducours des fleuves pour le transport des marchandises. Toutefois jusqu’au moment où ils furent en commu-nication suivie avec l’Italie , leur commerce fut presque uniquement intérieur; mais aussi, à cette époque, cettebranche d’industrie prit chez eux une grande extension. Il s’y forma un grand nombre d’associations de négo-cians et de corps de métiers, parmi lesquelles on peut remarquer la compagnie des nautonniers de Paris , fameusechez les anciens. Les principaux objets du commerce des Gaulois consistaient dans l’exportation.qu’ils faisaientde leurs vins en Italie , et de ceux qu’ils en tiraient eux-mêmes; car, par une de ces bizarreries de l’esprithumain qui fait que nous n’attachons de prix aux choses qu’en proportion de la difficulté que nous éprouvons ànous les procurer, tandis que les Gaulois recherchaient à grands frais les vins cueillis au-delà des Alpes , lesRomains mettaient un prix excessif à ceux de la Gaule (6).

En échange des divers objets deluxe que les Gaulois tiraient encore de l’Italie , ils y apportaient aussi diversmétaux et quelques autres productions de leur pays, tels que Pétain, qu’ils tiraient de la Grande-Bretagne,des peaux d’animaux, et des esclaves. Ils mettaient ordinairement, nous dit-on, trente jours à faire le trajet descôtes de l’Océan jusqu’au pied des Alpes ; ce qui suppose et un pays peu accommodé à de pareils transports, etl’insuffisance des objets destinés à les effectuer. Mais, lorsque les voies romaines, construites particulièrementsous Agrippa, les aquéducs et de nombreux canaux eurent facilité les communications dans la Gaule ; lorsqueles vainqueurs eurent formé dans le pays divers établissemens, alors le commerce des Gaulois devint très-florissant, sans qu’ils eussent encore songé toutefois à faire usage des ports situés sur l’Océan (7).

Manufactures. De même que les productions naturelles du sol,les produits de leurs manufactures, regardés

(1) U est probable, dit Legrand d’Aussy (chap. i, sect. 2), que c’estpar l’entremise des Romains que les moulins à eau furent introduitschez les Gaulois. Du temps de Strabon on voyait un moulin à eau près deCabires et du palais de Mithridate , auquel on a quelquefois fait honneurde l’invention de cette machine ingénieuse. Ne serait-il pas naturel de pen-ser que, si Rome , dans le cours de ses conquêtes, dut apprendre laconstruction de ces sortes de moulins , les Gaulois auront pu aussil’apprendre dans leurs courses au-delà de l’Hellespont , et la rapporter en-suite dans leur patrie ? Legrand d’Aussy avoue que pendant très-long-tempson n’en lit aucun usage à Rome , où on ne songea à s’en servir que lorsqueConstantin eut aboli l’esclavage. Peut-on penser que les Romains, pourqui une pareille invention pouvait devenir une calamité, puisque, selonLegrand, il fallait employer cette grande quantité d’esclaves qui fourmillaientà Rome, se fussent empressés de la transporter si près de l’Italie plutôt que les

Gaulois, qui devaient la recevoir comme un bienfait, et dont nous connais-sons le talent d’imitation? D’ailleurs l’autorité de Legrand d’Aussy est encorefavorable à mon opinion. C’est Ausone qui parle de l’existence de ces mou-lins établis sur la Moselle, dans le nord de la France , tandis que rien nenous prouve qu’ils aient été en usage dans la partie du pays plus à portéede l’Italie .

(2) Legrand d’Aussy , chap. 1, sect. 5 .

( 3 ) Ibid., chap. 7, sect. 1.

( 4 ) Plin. , 1. 24, cap. 17-

( 5 ) L. 3 et 1 . 4. t^oy. aussi hpitome Sexti Pompei Festi , à Paulo Dia-cono confecta , col. 2 5 g.

(6) Voy. Legrand , chap. 4 » sect. 3 .

(7) Strab., L 4.