41
L’architecture lombarde, dont nous avons parlé, paraît avoir été généralement adoptée en Europe aux pre-mières époques du Bas-Empire. Le style de l’architecture saxone, dit c, gothique > suivant Millin ( Dict. desbeaux-arts) , passa de la France, et surtout de la Normandie en Angleterre. Les anciens Anglais , dit-il, kcause de leurs relations avec les Romains, adoptèrent d’abord le goût romain dans la construction de leurséglises.
Après la conquête de l’Angleterre par les Normands, ce style fut appelé par les moines opus romanum,parce que c’était une imitation de l’archichecture romaine dégénérée. Comme on le voit, l’architecture nom-mée ici saxonne est celle dont on faisait usage en France sous le règne de Charlemagne . Enfin on s’accoutumapeu k peu k ne plus voir une utilité réelle et reconnue dans les membres de l’architecture, et l’architecturesarracénique prit faveur. Aux angles droits, aux formes arrondies de la première, on vit succéder, dans laseconde, les angles aigus, les porte-k-faux et des proportions de courbes irrégulières.
On distingue trois styles dans l’architecture appelée gothique ; elle fut généralement et constamment em-ployée en France depuis le onzième siècle environ, jusqu’au règne de François I er . Cette architecture a eu,comme les autres arts, son enfance, son temps de splendeur et sa décadence. A l’époque où elle a pris faveur,il a fallu un grand mouvement politique commandé par la religion pour opérer le changement qui se fit géné-ralement dans la construction de nos églises, aussi-bien que dans tous les arts du dessin : ce changement estdû aux croisades. L’architecture que l’on appelle gothique ne commença guère k fleurir que sous le règne dePhilippe-Auguste ; elle fut perfectionnée sous celui de saint Louis, et tous les édifices dans le style sarrasinqui précédèrent ce temps ne peuvent être considérés que comme les ébauches de ceux qui parurent pos-térieurement.
Première époque . Nous reconnaissons dans l’architecture appelée gothique trois styles qui se sont suc-cédés. Il n’est pas toujours facile de les distinguer, parce que, dans le passage de l’un k l’autre, le dernieremprunte nécessairement quelques traits de celui qui l’a précédé. D’abord on appuya des voûtes en arêtes,mais surbaissées, sur des piliers massifs, carrés, circulaires ou ovales. La forme ogive ou pointue était connuedès ces premiers temps; mais elle est écrasée par trop d’écartement entre les piliers; aplatie vers l’extrémitéde son élévation, ornée seulement de trois gros filets ou moulures saillantes, ovales, et en rapport avec l’en-semble de sa figure.
Quelquefois on employait dans les ornemens les feuilles d’ache ou de la mauve, celles du chardon, du chouxet de nymphœa, comme cela se voit aux chapiteaux des églises de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés etailleurs. On y ajoutait aussi des figures grotesques (1 ). Il est certain que les architectes de cette première époqueont embelli les bâtunens qu ils ont construits par des ornemens dont la composition n’est pas recherchée ;mais du moins ces ornemens sont naturels, puisqu’ils sont pris dans le règne végétal. A la place des modif-ions, au-dessous des corniches, on remarque des masques hideux, des figures contournées, des têtes demonstres et d’animaux fantastiques ( 2 ).
Enfin les édifices du premier style, pris dans l’ensemble de leur construction, ont souvent de l’analogieavec les anciennes cryptes chrétiennes, ce qui n’a pas peu contribué k égarer ceux qui ont écrit sur l’archi-tecture gothique. La composition des monumens isolés offre généralement plus d’élégance et plus de goût,surtout dans les détails, ainsi qu’on peut le vérifier en examinant le tombeau de Dagobert, qui est k Saint-Denis, et celui d’Héloïse et d’Abailard, qui se voit au cimetière du Père-La-Chaise (3).
Second style . Nous fixerons l’époque du second style, ou le perfectionnement de l’architecture sarracé-nique, au retour de la première croisade de saint-Louis. Alors on développa davantage la forme de l’ogive;on éleva les voûtes k perte de vue; on multiplia les nervures qui dessinent les arêtes; l’œil peut k peine aper-cevoir le nombre des colonnes légères et sans diminution dans leur galbe, qui, détachées les unes des autres,quoique réunies en faisceau, s’élèvent k une hauteur prodigieuse, ces faisceaux de colonnes, les nombreuxpiliers, les creux des corniches, ainsi que les méplats de cette architecture élégante, sont ornés de feuil-lages, de fleurs, de figures humaines, d’oiseaux ou de quadrupèdes, qui sont sculptés, peints ou dorés.
La lumière du jour pénètre difficilement dans ces édifices, qui, pour la plupart, sont dus k la munificencede nos rois ; elle y entre k travers des croisées chargées d’ornemens et de rinceaux en pierre découpée, remplispar des verres de couleur. Ce fut aussi k la même époque que l’on imagina, pour orner les églises, les croi-sées parfaitement rondes, sculptées k jour, et dont la finesse du travail a de l’analogie avec la riche broderie
(1) Voyez planche XIV.
(2) Les écrivains qui n’ont vu dans cette architecture qu’une inventiondes Goths , ont fait de ces monstres les dieux des Scandinaves et de leursdescendans, les Gothons, habitans des bords de la Vistule . Des auteurs plus
IP Atlas. —Monumens.
anciens que les premiers ont confondu avec les Gothons les Scythes, les Sar-mates , les Gètes et les Daces .
( 3 ) Voir planches XXII et XXIV ; voir également mon ouvrage sur le muséedes monumens français , tom. i“. Ce tombeau a été transporté et restaurédans ce musée , où il a été vu pendant vingt-six ans,
K