DE LA MONTAGNE DE S.-PIERRE. 49
Ma première entrée dans une des parties de ce vaste laby-rinthe, dn côté du fort de Saint-Pierre, eut lieu peu de temsaprès que la place fut remise aux François ; les généraux d’ar-tillerie Daboville et Bolemont, et le général du génie Laga-'tine, hommes instruits et amis des sciences , ordonnèrent non-seulement qu’on lit toutes les dispositions nécessaires pour visi-ter avec sûreté une partie de ces souterrains, dans lesquels ilest si facile et si dangereux de s’égarer ; mais ils voulurent bieny venir avec moi. Le citoyen Thoin, professeur d’économie ru-rale au Jardin national des Plantes de Paris, et le représentantdu peuple Freicine, en mission alors dans la Belgique (1) , fu-rent aussi du voyage.
Nous entrâmes par la galerie excavée de main d’hommes, làplusieurs personnes nous attendoient avec des torches allumées.On marche d’abord pendant cent cinquante pas environ dansune espèce de couloir assez large et assez élevé pour que lesvoitures puissent y circuler, et qui a été creusé de cette sortepour atteindre les masses qui donnent la meilleure qualité depierre. Lorsqu’on a parcouru cet espace, l’on voit de nom-breuses arcades se développer de toute part et dans tous les sens,de la manière la plus hardie et la plus pittoresque.
Toutes les voûtes, taillées avec assez d’art, sont supportéestantôt par des piliers, tantôt par des murs pris dans la pierremême ; et cette quantité innombrable de colonnes et de voûtesexhaussées, imitent tantôt d’immenses temples, tantôt des ac-
(1) Un sentiment d’estime et de reconnoissance m’oblige de rendre justice à ce repré-sentant envoyé dans les pays conquis à une epoque qui rappelle des souvenirs doulou-reux-, mais sa conduite fut toujours pure, et il n’employa les pouvoirs dont il éloitrevêtu qu’à être juste et à favoriser les sciences et les arts.
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