54 HISTOIRE NATURELLE
forment sont contigus, c’est-à-dire, sans ouvertures latérales,tandis que les autres sont percées de toute part d’arcades , quiembarrassent le voyageur et l’exposent à s’égarer à chaque ins-tant. Ici, au contraire, l’on se trouve comme dans une longueet large rue, en quelque sorte isolée des autres, et qui de loinparoît n’avoir d’autre issue que celle par où l’on est entré.
Nous étions arrivés vers la moitié de cette espèce de caverne,lorsque les flambeaux qui nous précédoient, nous permirent devoir d’assez loin un objet qui ressembloit à un homme étendusur la terre, comme s’il dormoit. Cette idée, à mesure que nousapprochions, sembloit se confirmer; et cet homme fixoit de plusen plus notre attention, lorsque la lumière frappant sur lui,nous fit appercevoir le corps d’un mort. Le lieu, l’état de cemalheureux, excitèrent en nous une surprise mêlée d’horreur. Cen’étoit plus qu’un squelette desséché ,• vêtu d’un habit; un cha-peau a cote de sa tête, ses souliers détachés de ses pieds et unchapelet près d une main. On jugeoit, à son costume, que ce de-voit etre un ouvrier qui, s’etant égaré dans ces réceptacles sou-terrains, y avoit péri de faim et de désespoir. L’état de dessica-tion complette dans lequel il se trouvoit, annonçoit qu’il devoity avoir plus de soixante ans que cet infortuné étoit venu s’en-sevelir vivant dans ce vaste tombeau.
Il est probable que depuis lors, personne n’étoit entré danscette galerie : on venoit seulement depuis quelques jours defaire cette découverte. L’air sec qui règne dans ces carrières sou-terraines , l’absence de toute espèce d’insecte dans ces lieux té-nébreux , avoient permis à ce corps de se conserver, en se des-séchant à la manière de ceux qu’on voyoit autrefois dans lescaveaux des Cordeliers à Toulouse. Mais quittons un sujet aussitriste et passons à quelques détails d’histoire naturelle.