220
HISTOIRE NATURELLE
assigné aux dents, j’avois encore des doutes qui n’étoient pasentièrement levés, et que si j’nsois jamais soutenir une opi-nion contraire à la sienne, ceseroit dans son propre mémoireque je puiserois mes principales raisons, tant je trouvois sa mé-thode descriptive parfaite ; mais qu’au surplus n’ayant vu ni lesobjets en nature , ni les lieux , ni les divers ossemens qu’on ytrouve, et principalement la grande tête déposée alors dans lecabinet du chanoine Godin, je n’avois point d’opinion fixe; etque mon juste respect pour ses lumières me persuadoit d’avancequ’après avoir obtenu de lui quelques éclaircissemens, je pen-serois probablement de la même manière. Je lui annonçai enmême tems que j’étois disposé à faire dans la belle saison levoyage de la Hollande, et m’instruire auprès de lui avant d’al-ler à Maestricht.
La je devois étudier des faits qui rappellent de grandes ré-volutions et de terribles catastrophes ; mais les révolutions po-litiques ont aussi leur bouleversement, leur destruction et leurcatastrophe; etil s’en préparoit une en Hollande qui n’étoitque lanaissance d’une plus grande, et le prélude de celles qui dévoientquelques années après porter la plus cruelle atteinte à l’huma-nité, et couvrir de massacre, de guerre et de deuil l’un et l’autrehémisphère.
Camper fut obligé de quitter la Haie dans les premiers mou-vemens qui s’y manifestèrent. L’attachement que la maisond’Orange portoit à ses qualités personnelles et à sestalens,et une juste reconnoissance de sa part, appanage d’un cœurhonnête et sensible, lui fut imputé à crime. Il eut beaucoupde peine à sauver ses précieuses collections d’histoire naturellequ’on se préparoit à dévaster. Cet illustre savant sentit vive-ment cet acte d’ingratitude et de dureté ; sa santé ne tarda pas à