66 ESSAI GÉOLOGIQUE
La cause qui a produit la première couche de cailloux roulés, est de nouveauintervenue, pour en former une semblable, qui a couvert celle de sable; mais leseaux qui l’ont déposée n étaient point de même nature : une grande quantité de ferhydraté y était tenue en dissolution, et ce fer hydraté est devenu une des partiesconstituantes de la couche. Cette dernière masse de cailloux roulés provenait in-dubitablement de la destruction des roches primitives ; cette destruction a décou-vert des masses de fer sulfuré, dont la dissolution a été favorisée par diversescauses, notamment par l’eau quelles pouvaient absorber; et elles sont ainsi passéesà l’état à&fer hydraté. A cette couche de cailloux ferrugineux a de nouveau suc-cédé une couche de sable, produit d’un dépôt qui s’est opéré comme dans la cir-constance précédente. Les mêmes causes ont agi sur la formation des couches su-périeures.
On doit concevoir maintenant comment les couches de formations alluviales ontpu être, selon les circonstances, brusques ou tranquilles. Leur observation permetaussi de déterminer facilement l’ancienneté de chacune, relativement aux autres.
Comme nous l’avons déjà dit, les couches de cailloux roulés, des plateaux deBoulade , et de la Croix de Saint-Antoine , se composent d’une grande quantité deproduits volcaniques, de granit, de silex et de quartz,. 1
Celles qui constituent le plateau d ’lssoire, contiennent aussi des produits volca-niques , et des fragmens de granit , mais dans une bien moindre proportion. Cequ’on y trouve de plus qu’aux deux autres plateaux, ce sont de petites masses decalcaire-argileux. Cette circonstance seule prouve que ces couches n’ont point lamême origine.
Il est dès lors permis de conclure que les dépôts qui ont formé les deux plateauxde Boulade et de la Croix de Saint - Antoine, proviennent de l’atterrissementd’un lac, où les cailloux qui en formaient le fond ont été arrondis par l’agita-tion continuelle de ces grandes masses d’eau, et que le plateau d’Issoire est dû à unatterrissement des rivières d’Allier et de Couze, auquel sont venus se joindreles débris des montagnes voisines.
L’arrangement de ces dépôts vient fortifier cette opinion. Si l’on considèreceux de l’Ailier, en prenant pour centre de l’observation le point où la Couzed’Issoire vient s’y joindre, et sur une longueur de quarante-quatre mille mètres,c’est-à-dire, depuis Yaizezoux jusqu’au Pont-du-Château , l’on verra que cetterivière a une pente peu rapide, et inégalement répartie. En calculant d’après l’ob-servation faite par M. Ramond , au Pont-du-Château , et celle faiteàVaizezoux, parM. Ganyly , ingénieur en chef des ponts et chaussées de la Haute-Loire, cette penteest d’un millimètre et demi par mètre, ce qui est peu considérable. Le fût-elle beau-coup plus, elle serait insuffisante pour entraîner de grandes masses de cailloux. Onremarquera que ce genre de dépôts des rivières a un caractère particulier ; c’estde ne pas former des lits ou strates distincts : les substances qui les constituent,sont presque toujours mélangées, ou par places. Si I on observe le changement deslits des rivières, on voit que, lorsque leurs eaux s’ouvrent un passage au traversd’une masse quelconque, leur effet est de renverser le sol, successivement par par-ties ou tranches, les unes sur les autres, à la manière des sillons que l’on ouvre