Doutes sur l’Origine des Cailloux: 47
blancs, transparais, de l’eau la plus nette : maintenant c’est une masseinforme, devenue opaque et laiteuse par de nombreux étonnemens, et ar-rondie de tous côtés par Feffet du roulement ; mais comme une de sesparties est beaucoup plus enfoncée que le reste, ce qui est ordinaire auxdruses, celle - ci s^est préservée de la destinée commune, en bravant sousla protection des parties voisines tous les efforts du frottement. Aussi elle pré-sente encore sa cristallisation , si parfaitement intacte et transparente , qu’ilsemble qu’elle ne vient que de sortir des mains de la nature. Mr de Robianoconserve un autre morceau de la même espèce du poids de 30 livres.
Mais peut-011 douter encore du pouvoir qu’ont les eaux de rouler etd’arrondir les pierres, après les témoignages réunis des meilleurs physiciensde ce siècle , qui tous allèguent des preuves incontestables de leur asser-tion ; comme on peut voir entr’autres dans l’excellent ouvrage de Mr deSaussure, (1 ) dont les observations sont marquées au coin de l’exactitudeet de l’évidence. Il est vrai que les causes locales, qui ont imprimé auxeaux des Alpes un mouvement assez violent, pour entraîner dans leur coursetous les corps qui s’opposoient à leur fureur, sans en excepter les mas-ses les plus énormes de granit; il est vrai, dis-je, que ces causes naccom-pagnent pas par-tout Fexistence des cailloux ; mais il ne s’agit pas de prouverfuniversalité lorsque la possibilité suffit. Au reste ce pouvoir des eaux se
montre encore assez souvent de nos jours, dans les lieux, où des mon-tagnes dune étendue considérable n’ont que des gorges étroites pour dé-charger leurs eaux. Tels sont les effets redoutables du torrent de Boscodoiîprès d’Embrun en Dauphiné, qui dans ses fortes crues prend un tel degréde violence, que la masse d’air, qu’il chasse devant lui et à laquelle rien nerésiste, roule déjà des blocs de pierre d’un volume prodigieux avec une «rapidité étonnante dix minutes avant que l’eau ne les atteigne ( 2 ).
Nonobstant la cause des cailloux roulés, que Mr de Saussure a si bien. 'démontrée, j’ose croire, que, s’il observoit les galets de nos environs 9il ne pourroit s’empêcher de reconnoître, qu’ils doivent en partie leur exis-tence à des causes bien differentes. Ce qui me confirme dans cette opinion,;c’est qu’il assure ( 3 ), que le granit, le marbre, le jaspe, et la pierreollaire, sont la matière de la plupart des cailloux roulés ; tandis quffl pa-roît (4) croire, que le silex ou petrosilex est naturellement arrondi : ornos cailloux roulés, et ceux même de plusieurs parties basses de F Al-lemagne, n’offrent que des matières analogues à celle du silex , et ne ren-ferment aucun vestige de celles, que ce savant regarde comme naturelles
aux galets
Si j’envisage l’accélération extrême du mouvement des eaux comme unecause incontestable du transport des pierres, il est une circonstance, où jecrois que les rivières, sans que rien n’ait accéléré leur cours, ont pu
* èO Le Saissure voyages dans les Alpes, t. i. (3) Saussure, ibîd. p. 147.m-4 Q . p. 145. C 45 Saussure, ibid. p.
(a) fourmtl de phys. t 14. p. i 0 x,. • * 9 ?'
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