ART ET NATURE
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('•tonnerais-je beaucoup en vous affirmant que nous leurdevons le plus clair de l’engouement photographique dontviennent d’être atteintes les nations civilisées ? Peut-êtrepas. Surtout si vous avez la réflexion rapide.
Sitôt que le gélatino-bromure d’argent fit son apparition,la photographie se trouva dégagée d’un seul coup des opé-rations ennuyeuses, délicates et salissantes qu’entraînait lecollodionnage des plaques et leur sensibilisation. De primesaut, elle entra dans le domaine public. J’entends dans ledomaine de l’homme instruit et bien élevé qui cache toujoursen soi un critique d’art plus ou moins latent, qui doit à soninstruction et à son éducation un développement conscientou non de ce sens du beau qu’on nomme le goût. Comme cebachelier, s’affirmant à soi-même qu’il peut faire un Salon,il se dit qu’il pourrait faire de la photographie aussi bien,sinon beaucoup mieux, que le photographe professionnel nesongeant qu’à battre monnaie avec cette nouvelle branchede l’art.
Pour contenter son goût et reproduire la nature par uneœuvre personnelle, notre homme instruit et bien élevédevait apprendre, en effet, le dessin et la peinture. Tout aumoins le dessin. En un mot soumettre son œil et sa main àl’obéissance du cerveau. C’était un apprentissage à faire.Apprentissage long, pénible, ne pouvant donner des résul-tats appréciables qu’avec des aptitudes sensorielles trèsréelles, jointes à une bonne dose de patience et à la possi-bilité d’un certain temps à dépenser. La photographie, déga-gée de ses plus insipides manipulations, présentait cettefacilité d’obtenir rapidement un tableau sans ces étudespréalables que nécessite la correspondance de la main et ducerveau. Avec un peu de soin et dix minutes d’explication,on obtenait immédiatement une image ressemblant à quel-que chose.
Il en allait donc de soi que cet art attirât. Et il a attiré.Un s’est, passez-moi le mot, rué sur la photographie. Dusoir au lendemain nous avons possédé un art à l’état endé-mique. A aucune époque les chroniqueurs n’ont eu à enre-gistrer un engouement susceptible d’être comparé à celui-ci.A tous les étages sociaux on a rencontré la chambre noire.On la rencontre encore, mais beaucoup moins active. Un