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L’ART EN PHOTOGRAPHIE.
à rien approfondir. Tout au moins à ne pas penser suffi-samment sur ceci ou sur cela. Or pour faire de l’art, il fautbeaucoup penser sur l'art. On n’est ni écrivain, ni peintre,pas plus qu’on n’est ni maçon, ni cordonnier, si l’on nepense pas sur ces differents arts, si petite ou si grande quesoit la pensée que réclame celui-ci ou celui-là. Néglige-t-ond'y penser? On se trouve, dès qu’on les aborde, en pré-sence d’une grande stérilité d’esprit, d’une sécheresseabsolue dans les impressions, d’un vague complet dans lesidées. On ne rencontre que diffusion et lieux communs.Écheveau embrouillé, devant lequel on sue sang et eau,sans parvenir à le démêler.
De là, en ce qui nous occupe, ces photocopies déjà vuesces sujets toujours les mêmes et sans le moindre accent,ces vues mal choisies et uniformément mal choisies, cettesuccession constante d’épreuves aussi constamment indiffé-rentes. On se répète soi-même, on ne répète que les lieuxcommuns vus dans l'album du voisin. On ne réfléchit pas.Or, ne pas réfléchir, c’est empêcher son esprit d’acquérirla pénétration par laquelle il se rendra compte de labeauté qui a été prise pour type et qui lui permettra decomparer, avec ce modèle, l’œuvre obtenue ou l’œuvre àfaire. Il faut regarder sans cesse, forcer l’esprit à s’éveillersur ce que l’œil voit, l’amener à donner naissance à desidées et tenir celles-ci en perpétuel mouvement, de façonqu’elles se heurtent, se groupent, s’associent et multi-plient. « Du choc des idées naît la lumière, » dit le vieiladage. Là, comme à quoi qu’on l’applique, il garde savérité.
Le temps et l’habitude détruiront vite l’effort nécessaireet laborieux que cette évocation exige. Essayez. Vous serezbientôt tout étonnés de trouver vite des motifs là où vousne les soupçonniez même pas avant ce travail intellectuel.Votre sécheresse d’impressions se transformera soudain enrichesse d’impressions. En quittant la banalité qui étrei-gnait votre œuvre, vous ressentirez une certaine émotionsur laquelle vos idées se grefferont pour mieux et plus sûre-ment multiplier. La délicatesse de votre goût s’affinera. Lasubtilité de voire jugement s'étendra. Vous toucherez àl’art sans même en connaître les règles. Et ces règles vous