98 ANECDOTES DIVERSES DU CANAL
construction de ce port, même aux bâtimens qui avoient été construits Sc achetéspour le compte du Roi.
171. On s’étoit contenté, lors de la construction du Canal, de barrer leslits des rivières , des ruisseaux & des ravins qu il devoit traverser, de les arrêterpar des digues, des chauflees, des cales Sc des épanchons à fleur-d eau, ou àfleur-de-vase, pour en recevoir les eaux ou les rejetter dans des contre-canaux.Le nombre des épanchoirs que M. de Riquet avoitfait construire, fut augmentépar la Province pendant les années i68z, 1684 & 1685, íur les observationsdes Ingénieurs Sc les plaintes des Riverains.
^Nouveaux aqut- 172. Ces précautions qu on croioit íuffiíàntes, tant pour maintenir le Canaldans une navigation constante, que pour donner paflàge aux eaux surabondan-tes des pluies & des inondations, trompèrent la prudence de ceux qui lesavoient employées : les eaux troubles de ces rivières que le Canal recevoit lorsdes inondations, le combloient peu-à-peu Sí interrompoient la navigation.
Les dépenses continuelles que MM. de Bonrepos 8 c de Caraman, qui (bail-leurs s’étoient chargés de l’entretien des épanchoirs à perpétuité, étoient obli-gés de faire , devenoient exorbitantes , parce que ces recreusemens ne fai-ìòient que pallier le mal íàns le guérir, Sc la moindre crue, ou la moindreinondation rendoit tous les ouvrages précédens infructueux ; il étoit même àcraindre que ces comblemens ou eníàblemens si íouvent répétés, ne mifíentenfin un obstacle réel à la navigation du Canal.
M. de Bonrepos propoíà donc à M. de Seignelay de faire examiner ces incon-véniens qui étoient dans la nature des choses, Sc que M. le Chevalier de Cler-
viile n’avoit pas prévus dans ses devis ; mais M. de Riquet les avoit toujours
redoutés, puisqu il avoitfait construire les ponts -aqueducs de Repudre, deJouarre Sc de Marseillette, asin de faire passer les eaux de ces torrens ouétangs , fous le Canal; & prévenir par-là le danger des eníàblemens, Sc lesautres dommages que les eaux auroient causés au Canal si elles avoient étéreçues dans son lit.
Sur cette proposition qui étoit essentielle, le Roi chargea le célèbre Maréchalde Vaúban, d’examiner les moyens les plus convenables, pour parer à des acci-dens aussi nuisibles au Canal & à la navigation. M. de Vauban fit cette visiteI<585 ' dans le mois de Mars 1686 : il trouva les ouvrages du Canal si beaux , qu il dit
M é ae 0Ì fauban? e au ^oi dans le rapport qu il en fit, qu’il préféreroit la gloire d’en être f Auteur ,
à tout ce qu il avoit fait ou pourroit faire à l’avenir ; Sc il trouva l’aqueduc deRepudre si avantageux Sc si nécessaire au Canal, qu’il fut íùrpris qu’on n’en eûtpas construit de semblables fur toutes les rivières considérables, & d’autrespareils à ceux de Jouarre St à Marseillette , íur tous les petits ruisseaux Scravins (68). Ce fut-là le remède simple Sc naturel qu’il proposa à la place desépanchoirs ; Sc dans le Mémoire qu’il dressa de fa visite íur le Canal, il ordonnaauffi quelques autres ouvrages nouveaux nécessaires à la navigation.
Le Roi qui jusqu alors, fans doute par des raisons de finance, n’avoit pasvoulu consentir íùr les observations de M. de Riquet à la construction de cesaqueducs, convaincu de leur nécessité par le Mémoire de M. de Vauban,