CANAUX DE PROVENCE. i8z
Les villes d’Aix Sc de Marseille consomment par an plus de deux centscinquante mille charges de farine, dont le droit de mouture est de plus devingt fols pour chacune ; ces villes manquent d eau une partie de Tannée, Scfont obligées par conséquent d’envoyer moudre leur bled au loin Sc à grandsfrais : le canal fini, on construira les moulins soffiíàns aux endroits les plusproches Sc les plus commodes pour le public. En n estimant le droit de mouturede chaque charge que 20 fols , deux cents cinquante mille charges (de 300livres chacune ) produiront deux cents cinquante mille livres ; il y aura beau-coup d autres moulins à construire ; mais comme il faut déduire Tintérêtdes sommes à dépensor pour la construction de ces moulins, leurs réparations& frais d’exploitation, on lupprime en entier le produit de quantité d’autresmoulins que les eaux du canal feront tourner ailleurs que dans les villes d’Aix& de Marseille, Sc Ton ôte encore yoooo livres pour ne tirer ce produit qu à200000 livres.
Le produit des machines de toute eípèce, Sc des moulins, autres que ceuxa bled, qui seront mûs par les mêmes eaux Sc que Ton peut mettre au-deísosdes moulins a farine, n’est tiré que pour la même somme de 200000 livres;1 on doit (Tailleurs remarquer que les mêmes eaux qui auront fait mouvoir tousles moulins Sc machines , n en seront pas moins vendues pour TarrosementLa flottaison offre, suivant T Auteur, un quatrième produit du canal deProvence : les villes d’Aix, Marseille Sc autres qui sont à portée du canal,profiteront dune infinité de choses, comme bois de chauffage, de menuiserie,de charpente, Sc autres marchandises de la haute Provence Sc du Dauphiné,dont elles manquent souvent par l’énormité de? frais Sc la difficulté des trans-ports par terre. En faiíànt voiturer sor le canal ces différentes marchandisos,ainsi que les matériaux propres à la marine , TEtat y trouvera son avantagepar la deseente facile des courbes Sc bois de toute eípèce que fournira encorela haute Provence, au lieu quactuellement la ville de'Marseille est obligée detirer à grands frais les bois de chauffage des Isles de Saint Pierre appartenan-tes au Roi de Sardaigne. Les chanvres croîtront avec abondance dans une Pro-vince qui cessera d’être aride, Sc Ton établira dans les lieux convenables dèscorderies pour la filature des cables Sc cordages nécessaires à l’Arsonalde Tou-lon Sc au port de Marsoille, ainsi que des manufactures pour les toiles à voiles& autres usages de la marine. On pourra établir de même des moulins a soiespour débiter les bois, Sc des martinets pour forger les fers Sc les ancres desVaisseaux. Les moulins à bled qui moudront en tout lieu , fourni ront des fari-Hes soffiíàntes non-soulement pour les habitans, mais même pour les armées entemps de guerre; ces farinessorviront pour l’approvisionnement des vaiísoauxfle Toulon Sc de Marseille, Sc pour le commerce des Isles. Les fourragesManqueront plus dans cette Province qui, brûlée du soleil, a toujours étéors st état d’entretenir de la Cavalerie. Cette vérité fut si bien sentie par leMaréchal Duc de Belie-Isle, lorsqu il commandoit une armée , qu il ne balançapas a accorder íà protection à Texécution d un projet dont il sontoit tout leprix Sc qu il a toujours appuyé, comme Ministre de la guerre, jusqu’à íà mort.
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